Avec l’escalade des combats, la situation des refugiés maliens risque de se détériorer

Oxfam publie un rapport sur la situation des réfugiés maliens, alors que des milliers d'entre eux ont dû fuir leur domicile. L'aide humanitaire ne pourra faire face à cet afflux sans changements d’approche.

L’effort humanitaire en faveur de plus de 147 000 réfugiés maliens pourrait être perturbé avec l’intensification des combats, sans un changement significatif dans la façon dont les opérations d’aide sont organisées prévient aujourd’hui l’organisation internationale Oxfam.

Avec les difficultés rencontrées par les organisations humanitaires pour satisfaire les besoins élémentaires des populations, Oxfam affirme qu’il est préoccupé quant aux conditions de vie des réfugiés maliens qui ont fui leurs foyers depuis l’année dernière, et vivent dans les pays voisins. Les communautés hôtes dans ces pays étaient déjà elles-mêmes confrontées à des pénuries de vivres, aux conséquences de la sécheresse et de la crise alimentaire survenue en 2012.

Avec l’escalade des combats, et l’offensive des groupes armés contrôlant le nord, l’intervention récente des forces armées françaises et maliennes et le déploiement en cours de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma) autorisée par les Nations unies, Oxfam souligne dans un rapport publié aujourd'hui les conditions particulièrement difficiles dans lesquelles vivent des dizaine de milliers de Maliens et Maliennes et met en garde contre une possible détérioration de leur situation.

De plus en plus d'insécurité dans les pays d'accueil

Depuis un an, quelque 147 000 civils ont fui le nord du Mali et trouvé refuge dans les pays limitrophes tels que le Burkina Faso, le Niger ou encore la Mauritanie. Dans son rapport intitulé « Les refugiés du conflit au mali : Répondre à l’aggravation de la crise », Oxfam affirme que les réfugiés doivent faire face à un certain nombre de menaces telles que l'enrôlement forcé par les groupes armés actifs dans le nord du Mali. Le rapport souligne que, avant même la récente escalade des combats, l'insécurité était grandissante dans les pays hôtes, faisant courir des risques importants aux réfugiés et aux populations hôtes. Il y aurait aussi des milliers de nouveaux déplacés dans le sud, et avec plus de 220 000 déplacés depuis l’année dernière, et compte tenu du manque d’information en provenance du nord, il pourrait y avoir plus de gens qui auraient fui mais se trouveraient encore dans les territoires tenus par les groupes armés.

« Après plus d'un an d'assistance à des dizaines de milliers de personnes dans quatre pays dans des conditions extrêmement difficiles, les organisations humanitaires peinent à répondre à leurs besoins. Il est capital de garantir que l'aide continuera à être disponible pour les personnes contraintes de fuir et de tout abandonner, souligne Mamadou Biteye, Directeur régional d'Oxfam en Afrique de l'Ouest. Nous appelons les pays voisins du Mali à ne pas fermer leurs frontières afin de permettre le passage des réfugiés et l'ONU à faire preuve du leadership nécessaire pour gérer les conséquences du conflit sur les réfugiés maliens et leurs hôtes. »

Une réaction lente et difficile

Oxfam souligne également les difficultés éprouvées ces derniers mois pour répondre à cette crise. Bien que les communautés hôtes, les pays voisins et les organisations humanitaires aient fourni une assistance vitale aux réfugiés, l'augmentation des capacités a été particulièrement difficile et lente en raison de difficultés logistiques, de l'expérience limitée des organisations humanitaires sur place en matière de crise de refugiés et de la faible présence du HCR dans la région, dans les premiers moments. Près d'un an après l'éclatement du conflit dans le nord du Mali, le rapport d'Oxfam affirme que « les besoins essentiels ne sont toujours pas couverts de façon uniforme, en particulier dans les domaines de l'alimentation, de la protection et de l'éducation ».

« Mettre en œuvre une importante réponse pour les refugiés dans la région sahélienne est particulièrement difficile et il est évident que cela sera encore plus ardu s’il y a un nouveau flux significatif de refugiés en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso. Dans le même temps, au Mali, celles et ceux qui n'ont pas réussi à fuir ont besoin d’une aide vitale. Il faut que les parties impliquées dans le conflit garantissent notre accès aux régions où ces personnes vivent », explique Caroline Baudot, auteure du rapport.

Oxfam souligne que le taux de malnutrition infantile dans certains camps de réfugiés dépasse largement la limite de l'urgence de 15 % fixée par l’Organisation mondiale de la santé. Au Niger par exemple, la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans atteint 21 %.

Les communautés d'accueil doivent être aidées

En prévision de l’augmentation probable du flux de réfugiés et de l’augmentation des besoins inhérents, Oxfam affirme que les organisations humanitaires doivent rapidement adapter leurs programmes afin de soutenir les communautés hôtes et les réfugiés issus de communautés pastorales, lesquels sont arrivés avec des dizaines de milliers de têtes de bétail, augmentant considérablement la pression sur les ressources locales déjà limitées et les tensions entre réfugiés et communautés locales. En certains endroits, le nombre de réfugiés est plus important que celui des membres de la communauté d’accueil, comme par exemple en Mauritanie, à Bassikounou, une ville qui compte 42 000 habitants, tandis que le camp de réfugiés voisin accueille 54 000 personnes.

« Les gens aspirent à pouvoir rentrer chez eux. Mais les réfugiés sont également déterminés : après avoir été déplacés pendant des décennies, ils ne rentreront pas chez eux sans paix durable. En fin de compte, ce qu'ils nous disent c'est que les causes profondes du conflit doivent être résolues avant qu'ils puissent envisager un retour », conclut Aimé Lukelo, directeur d'Oxfam en Mauritanie.

En savoir plus

Télécharger le résumé du rapport « Les refugiés du conflit au mali : Répondre à l’aggravation de la crise »

Voir le diaporama : Des milliers de Maliens fuient les combats

Crise alimentaire au Sahel

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