Le compromis sur le budget de l’UE pousse des millions de personnes sur le fil du rasoir

Le compromis budgétaire que les dirigeants européens s’apprêtent à conclure, cette semaine, pour les sept prochaines années poussera des millions de personnes sur le fil du rasoir, avertit aujourd’hui Oxfam à la veille du Conseil européen.

Oxfam estime que les 6,1 milliards d’euros amputés au budget de l’aide au développement dans la proposition partagée au mois de Novembre pourraient permettre à plus de 4,6 millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté dans les pays les plus pauvres. Les réductions proposées à l’aide humanitaire de l’UE équivaudrait quant à elle à fermer les yeux sur le sort de 150 millions de personnes touchées par des catastrophes naturelles ou des conflits.

L'aide victime de coupes disproportionnées 

Oxfam appelle les dirigeants européens à protéger l’aide humanitaire et au développement de l’UE lors des délicates négociations sur le prochain budget septennal de l’Union. Oxfam les appelle également à revenir sur les coupes proposées qui ciblent de manière disproportionnée l’aide humanitaire et au développement, alors que celles proposées pour les autres secteurs du budget se font à la marge en comparaison.

Cet appel vient à la veille du Sommet européen qui réunira les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à Bruxelles les 7 et 8 février, au cours duquel les dirigeants vont s’accorder sur un budget dit de « modération ». Oxfam craint qu’ils n’utilisent l’aide humanitaire et au développement comme monnaie d’échange afin de protéger d’autres parties du budget pour satisfaire leurs intérêts nationaux respectifs.

« La réduction proposée du budget d’aide de l’UE revient à geler le budget à son niveau actuel, voire - en valeur réelle – à le réduire. C’est pour l’Union un mauvais message à envoyer alors qu’elle ficelle son premier budget dans le cadre du traité de Lisbonne. Alors que notre interdépendance croissante est de plus en plus évidente et qu’il est couramment admis que de nouveaux engagements politiques et financiers sont nécessaires pour promouvoir un avenir durable et équitable pour tous, il s’agit d’une trahison », a déclaré Natalia Alonso, directrice du bureau européen d’Oxfam.

Des négociations à huis clos

« Il est tout à fait injuste d’équilibrer les budgets sur le dos des pauvres, les premières victimes de crises financières et économiques qu’ils n’ont provoquées. Les dirigeants européens doivent trouver des solutions plus judicieuses pour sortir de la crise actuelle, comme par exemple lutter contre les paradis fiscaux.

« Pendant qu’ils négocient à huis clos cette semaine, les dirigeants européens devront penser aux personnes derrière les chiffres des budgets qu’ils ont l’intention de sabrer. L’aide de l’UE n’est pas seulement un bon investissement dans notre avenir commun, mais aussi un acte de solidarité qui sauve des vies et permet à des millions de personnes dans le monde de sortir de la pauvreté. Et tout cela coûte moins à chaque citoyen européen qu’un café par semaine. »

Notes aux rédactions

  • Lors du précédent sommet sur le budget européen, les 22 et 23 novembre 2012, le président Van Rompuy a présenté une proposition revenant à couper l’aide au développement de 6,1 milliards d’euros (dont 3,3 milliards supprimés du Fonds européen de développement et 2,8 milliards de l’instrument de financement de la coopération au développement (DCI) (calcul basé sur une réduction de 13,3 % proposée à la rubrique 4 « L’UE : acteur mondial » uniformément appliquée à toutes les sous-rubriques) et à amputer l’aide humanitaire de 1,3 milliard d’euros (aide humanitaire sous la rubrique 4 et réserve d’aide d’urgence (EAR). Au total, cela revient à réduire l’aide européenne de 7,4 milliards d’euros par rapport à la proposition de la Commission européenne.
  • Dans la proposition du président, la réduction du budget global est de 7 % (voire moins que pour la politique agricole commune) tandis que la réduction du budget d’aide dépasse les 12 %, selon les calculs d’Oxfam. 
  • Selon l’analyse d’un rapport de l’IFPRI (« Investir dans l’agriculture africaine pour réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015 »  - document en anglais), réalisée par ONE, un investissement de 1 363 dollars (équivalent 2000), soit 1 315 euros (prix 2011), dans l’agriculture africaine permettrait à une personne de sortir de la pauvreté en Afrique. Un investissement de 6,1 milliards d’euros pourrait donc sortir environ 4,6 millions de personnes de la pauvreté.
  • Ces cinq dernières années, une enveloppe annuelle d’un milliard d’euros a transité par la Commission européenne au titre de l’aide humanitaire de l’UE. Cela a permis d’aider près de 150 millions de personnes parmi les plus vulnérables de la planète chaque année. Par conséquent, un investissement de 1,3 milliard d’euros pourrait fournir une aide d’urgence à plus de 150 millions de personnes pendant un an.
  • Plus de 21 % de l’aide au développement (APD) des pays européens passent par la Commission européenne chaque année. Le budget de l’aide ne représente en moyenne que 5% du budget global.
  • La fraude fiscale représente un manque à gagner d’environ un milliard d’euros par an dans l’UE, selon la Commission européenne. Les flux financiers illicites annuels mondiaux entre 2001 et 2010 sont estimés à entre 1 011 et 1 083 milliards de dollars.
  • Toutes les rubriques du budget européen pour les sept prochaines années font l’objet de propositions de coupe et les médias ont rapporté la possibilité d’un compromis prévoyant de 25 à 30 milliards d’euros de coupes supplémentaires par rapport à la proposition du président du Conseil lors du dernier sommet européen sur le budget, en novembre. Les « Amis de la cohésion » et les « Amis de la politique agricole commune », notamment, défendent activement ces deux grandes postes budgétaires contre toute nouvelle proposition coupe. Ceci implique que d’autres parties du budget que l’aide humanitaire et au développement sera parmi les principales victimes des négociations budgétaires.

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