Les femmes, grandes laissées-pour-compte de Mars, Mondelez et Nestlé

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Oxfam manifeste aux sièges des grands fabricants de chocolat

Une enquête menée dans quatre pays où Mars, Mondelez et Nestlé s’approvisionnent en cacao a révélé que de nombreuses agricultrices se trouvent confrontées à des discriminations, à des inégalités salariales, et à la faim, ce qui selon l’organisation internationale Oxfam, révèle l’insuffisance des politiques sociales de ces entreprises et la nécessité de les améliorer.

Aujourd’hui, à l’occasion de la Journée internationale des femmes, Oxfam manifeste aux sièges sociaux de ces entreprises et dans des magasins pour les inciter à s’attaquer à la question de l’inégalité entre les hommes et les femmes dans leurs chaînes d’approvisionnement. Ces trois entreprises contrôlent 40 % du marché du chocolat et achètent un tiers du cacao mondial qui est principalement produit par de petits agriculteurs et petites agricultrices des pays en développement. Selon une étude d’Oxfam, Mars, Mondelez et Nestlé ne font pas grand-chose pour améliorer les mauvaises conditions de travail des productrices de cacao.

« Les femmes qui contribuent à produire le chocolat que nous aimons toutes et tous sont laissées pour compte, explique Alison Woodhead, directrice de la campagne La face cachée des marques chez Oxfam. Mars, Mondelez et Nestlé ont le pouvoir et le devoir de changer les choses pour ces femmes. Ces trois entreprises ont affirmé qu’elles allaient prendre des mesures pour améliorer la durabilité de leurs produits ; elles ont l’occasion aujourd’hui de tenir leur promesse. »

L’enquête menée par Oxfam dans les chaînes d’approvisionnement du Brésil, d’Indonésie, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire a mis en lumière les aspects suivants :

  • Dans la cacaoculture, les femmes sont souvent moins bien rémunérées que les hommes même si elles jouent un rôle crucial sur les plans de la qualité et de la productivité.
  • La plupart des personnes qui travaillent dans la chaîne d’approvisionnement continuent de vivre dans la pauvreté et la malnutrition est généralisée dans les zones de production de cacao du monde entier.
  • Les femmes travaillant dans les plantations de cacao et les usines de transformation sont victimes de discriminations et d’inégalités importantes. Par exemple, une travailleuse indonésienne a confié à Oxfam qu’elle est forcée de travailler sans contrat et que son superviseur parle d’elle comme d’un « animal », mais qu’elle n’a aucun moyen de formuler des réclamations. Un ouvrier d’une usine de transformation indonésienne a expliqué à Oxfam que toutes les ouvrières avaient été licenciées après que quelques-unes d’entre elles avaient demandé l’égalité de traitement et de salaire. 
  • Alors que les femmes occupent des postes de plus en plus élevés aux sièges des entreprises du secteur agroalimentaire, ces avancées en matière de revenu, de statut social et de perspectives professionnelles sont refusées aux femmes qui travaillent dans la chaîne d’approvisionnement des pays en développement.
  • Les cacaocultrices ont un accès plus limité que leurs homologues masculins aux terres, au crédit, aux formations et aux outils, tels que les engrais ou les systèmes d’irrigation.
  • Les programmes de développement durable des entreprises n’ont pas porté l’attention nécessaire aux difficultés que les femmes rencontrent.

« Ces trois entreprises ont lancé des projets de grande envergure visant à renforcer la durabilité du secteur du cacao et se sont toutes engagées à acheter une plus grande quantité de cacao certifié, ajoute Alison Woodhead. Ces efforts sont à leur honneur et doivent être reconnus. Ils restent cependant au mieux sporadiques, et les femmes ne sont souvent prises en compte qu’après coup. Pendant des dizaines d’années, les entreprises ont mis les femmes au premier plan de leurs campagnes publicitaires ; il serait temps qu’elles en fassent autant pour les femmes qui produisent leurs matières premières. »

Bien que ces femmes ne soient pas directement employées par ces entreprises, Oxfam exhorte Mars, Mondelez et Nestlé à tout mettre en œuvre pour promouvoir et protéger les droits des millions de femmes à travers le monde qui produisent le cacao indispensable à la confection de leurs produits. En particulier, Oxfam appelle les fabricants de chocolat à :

  1. « Savoir et montrer » comment les femmes sont traitées dans leurs chaînes d’approvisionnement en faisant effectuer des évaluations par des tiers et en en publiant les résultats.
  2. S’engager à adopter un « plan d’action » fondé sur les données de ces évaluations, qui visera à améliorer les perspectives des agricultrices et à résorber les inégalités de rémunération et de conditions de travail.
  3. S’engager auprès d’autres grands acteurs publics et privés, y compris les gouvernements et les organismes de certification du cacao, et les pousser à corriger les inégalités entre les hommes et les femmes.

Oxfam a donné à ces entreprises une longue liste de mesures précises qu’elles peuvent prendre pour atteindre ces objectifs, dont : multiplier les formations destinées aux femmes, promouvoir le recrutement des femmes, y compris à la direction des coopératives agricoles, et exiger de leurs fournisseurs qu’ils paient à leurs ouvrières et ouvriers un salaire minimum vital.

« L’éradication des inégalités entre les sexes constitue l’une des mesures les plus importantes que les entreprises puissent prendre pour améliorer la qualité et la durabilité de leurs produits, conclut Alison Woodhead. Les entreprises peuvent constater que des cacaoculteurs optent pour une autre carrière ou un autre type de culture et elles savent à quel point il sera difficile de satisfaire la demande croissante en cacao si la situation ne s’améliore pas. Nous voulons montrer aux entreprises que les consommateurs leur sauront gré de prendre les bonnes mesures et leur demanderont des comptes si elles ne le font pas. »

Notes aux rédactions

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