La croissance de l'Afrique doit bénéficier à toute la population

À l’approche d’une réunion de dirigeants d’entreprises à l’occasion du Forum économique mondial sur l’Afrique au Cap, en Afrique du Sud, l’organisation internationale Oxfam avertit que la croissance remarquable de l’Afrique, entraînée en grande partie par un boom de l’exploitation des minerais et du secteur de l’énergie, est menacée par les fuites illicites de capitaux et les écarts croissants de revenus.

Plusieurs pays africains comptent parmi les économies à plus forte croissance du monde , dynamisées par les nouvelles découvertes de réserves de pétrole, de gaz naturel et de minerais stratégiques. Mais ces progrès sont freinés par les inégalités de revenus et les considérables flux illicites de capitaux – souvent par le biais de la fraude fiscale et la manipulation des prix de transfert par les industries extractives.

« La croissance impressionnante de l’Afrique doit avoir des retombées plus larges, déclare Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International. Le boom des ressources naturelles sur le continent doit bénéficier à toutes les citoyennes et citoyens. Si l’hémorragie de capitaux se poursuit, elle paralysera les efforts visant à réduire la pauvreté et à stimuler la croissance économique en Afrique. L’abondance de ressources devrait favoriser la prospérité de l’ensemble du continent, sans entraver une croissance économique inclusive, alimenter la corruption ni porter atteinte à l’environnement. »

En 2010, les exportations africaines de pétrole, de gaz et de minerais s’élevaient à 333 milliards de dollars. Mais selon les estimations, l’Afrique perdrait 200 milliards de dollars par an dans le cadre de flux illicites de capitaux . En comparaison de ce montant, l’aide au développement reçue paraît dérisoire .

« Trop souvent, les industries extractives, de connivence avec des fonctionnaires corrompus, escroquent l’Afrique sur ses richesses et son potentiel de financement des services sociaux, déplore Winnie Byanyima. Il faut que les citoyennes et citoyens africains reçoivent la part qui leur revient de l’impôt et des droits versés par les industries extractives à leurs gouvernements. »

Bien qu’elle soit en voie de devenir un pôle de croissance mondiale, l’Afrique subsaharienne compte six des dix pays les plus inégalitaires en termes de disparités économiques . Les inégalités sont un facteur d’instabilité sociale et nuisent à la croissance même. Selon les calculs d’Oxfam, en Afrique du Sud, plus d’un million de personnes basculeront dans la pauvreté entre 2010 et 2020 si rien n’est fait pour rapidement réduire les inégalités qui se creusent.

« La lutte contre la pauvreté progresse bien sur le continent, mais de graves inégalités et la corruption menacent ces acquis », estime Winnie Byanyima.

Oxfam encourage les multinationales actives dans les pays pauvres à mener leurs affaires de manière responsable : à informer et consulter les communautés locales touchées par les projets pétroliers, gaziers et miniers et à leur accorder la possibilité d’approuver ou de rejeter un projet avant le début des opérations.

« L’Afrique prend son destin en main. Mais, pour qu’elle puisse réaliser tout son potentiel, il faut que nos dirigeants soutiennent les laissés-pour-compte de la croissance. Les recettes issues des trésors que recèle le continent doivent aller à la lutte contre la pauvreté. L’aide au développement que reçoit l’Afrique devrait servir à promouvoir la bonne gouvernance et à donner à la société civile les moyens de rappeler les dirigeants à leur obligation de rendre des comptes. Tant que toutes les Africaines et les Africains ne bénéficieront pas de la sécurité alimentaire, de l’éducation et des soins de santé dont ils ont besoin pour devenir des citoyens actifs, le progrès social et économique sera entravé. »

Notes aux rédactions

En avril 2013, l’Union européenne est parvenue à un accord sur une réglementation qui, dans le cadre de la lutte contre la fraude fiscale et la corruption dans les pays riches en ressources, imposera aux sociétés pétrolières, gazières, minières et forestières de déclarer les droits d’exploitation qu’elles versent aux autorités publiques. Cet accord fait suite à la réforme législative aux États-Unis qui, en vertu de la loi Dodd-Frank de 2010, oblige les sociétés pétrolières et minières à rendre publiques les sommes qu’elles paient aux gouvernements étrangers. Cette réglementation américaine concerne environ 1 100 entreprises publiques actives dans le secteur pétrolier, gaziez ou minier. Ce sont des avancées importantes dans la lutte contre la fraude fiscale et la corruption dans les pays riches en ressources.

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Caroline Hooper-Box: +1 202 321 2967 / Caroline.hooper-box@oxfaminternational.org

En savoir plus

Rapport : Lever la malédiction des ressources : Comment les pauvres peuvent et devraient profiter des revenus des industries extractives (nov. 2009)