Pourquoi les régimes d’assurance maladie sont mauvais pour la santé des pays en développement

De meilleurs systèmes de financement pourraient doubler les budgets publics de santé des pays pauvres

Les régimes d'assurance maladie, tels que poussés par certains bailleurs de fonds et gouvernements de pays en développement, excluent les populations les plus pauvres et les plus vulnérables, alerte l’ONG Oxfam dans un rapport sur la couverture santé universelle publié aujourd’hui.

En effet, seuls les plus riches sont généralement en mesure de souscrire à ces régimes alors que la majorité de la population reste sans couverture santé, obligeant ainsi les plus démunis à payer des sommes astronomiques pour se faire soigner.

Pour Oxfam, cette approche galvaudée de l’assurance maladie laisse également de côté d’autres modes de financement. En améliorant la collecte de l’impôt par exemple, il serait possible de lever 269 milliards de dollars par an, ce qui permettrait aux pays en développement de doubler leur budget santé. En effet, si les gouvernements sont si enthousiastes à l’idée d’introduire des régimes d’assurance maladie, c’est parce qu’ils sont convaincus que les régimes en question génèreront davantage de fonds pour les budgets de santé. Or la réalité est tout autre, ce système rapportant très peu d’argent.

Tout le monde est perdant

« Chaque seconde, trois personnes dans le monde basculent dans la pauvreté en raison de dépenses de santé auxquels elles ne peuvent faire face. Mais l’obsession pour l'assurance conduit les pays pauvres droit dans le mur », explique Kevin Roussel, responsable de la campagne d’Oxfam sur les Services essentiels.

« Dans la majorité des cas, tout le monde est perdant avec les régimes d’assurance maladie. Ceux-ci ne parviennent pas à toucher les populations les plus pauvres. De même, collecter des cotisations / primes d’assurance coûte extrêmement cher et ne permet pas de lever d’importantes sommes d’argent. »

Dans les pays africains ayant introduit l’assurance maladie, les faibles taux de couverture représentent un défi majeur et récurrent. Ainsi, au Ghana, le régime d’assurance maladie est généralement perçu comme un succès alors qu’il exclut 64% de la population, dont la vaste majorité est très pauvre. Dix ans après que l’assurance maladie a été introduite en Tanzanie, seule 17% de la population est couverte. Au Kenya, ils sont seulement 18% alors que l’assurance maladie est en place depuis 50 ans.

Des moyens équitables pour une couverture santé universelle

Pour Oxfam, si les pays en développement ont échoué jusque là à atteindre la couverture santé universelle (CSU) – c'est-à-dire à garantir un accès aux soins pour l’ensemble des populations sans barrière financière , c’est que les bailleurs de fonds et agences d’aide multilatérale – Banque mondiale et OIT inclus – ont toujours donné trop d’importance aux régimes d’assurance, alors même que ces régimes n’ont jamais amélioré l’accès aux soins pour les plus pauvres.

Oxfam appelle la Banque mondiale, dont la conférence annuelle a lieu à Washington en fin de semaine, à encourager les gouvernements à considérer des moyens plus équitables pour financer la CSU, et ce dans le cadre de la nouvelle stratégie de son président Jim Kim qui vise à mettre fin à l’extrême pauvreté et promouvoir une prospérité partagée.

« Il y a un vrai danger à ce que la question de la CSU ne tourne plus qu’autour de l’introduction de systèmes d’assurance maladie et que la recherche d’autres modes de financement, plus équitables, ne soit complètement laissée de côté », continue Kevin Roussel.

« La Couverture santé universelle devrait être synonyme de droit pour toutes et tous à la même protection financière et la même qualité de services de santé, indépendamment de la situation professionnelle ou de la capacité à payer.

Améliorer les rentrées fiscales

Pour Oxfam, même les pays les plus pauvres doivent pouvoir augmenter leur budget en améliorant leur fiscalité, en supprimant les exonérations fiscales non nécessaires mais aussi en introduisant de nouvelles taxes. Le Gabon par exemple a réussi à lever près de 30 millions de dollars pour la santé grâce à un infime prélèvement sur les bénéfices des sociétés de transferts de fonds et des opérateurs téléphoniques.

Dans le même temps, une action mondiale pour lutter contre l'évasion fiscale des multinationales pourrait permettre aux pays en développement d’économiser près de 160 milliards de dollars par an – plus de 4 fois le budget santé de l’ensemble d es pays d’Afrique sub-saharienne.

« Les Etats devraient avant tout se concentrer sur des solutions de financement de la santé adaptées à leurs réalités locales et faire en sorte qu’elles soient universelles et équitables. Dans le même temps, les donateurs doivent impérativement cesser de pousser en faveur de systèmes d’assurances maladie dont la pertinence n’a pas été prouvée et qui dans bien des cas renforcent les inégalités. »

Notes aux rédactions

Télécharger le rapport (disponible en français, allemand, anglais et espagnol) : Couverture santé universelle : pourquoi les personnes en situation de pauvreté sont les laissés-pour-compte des régimes d'assurance maladie

L'assurance maladie sociale est le modèle mis en avant par les gouvernements qui collectent les contributions des personnes salariées en prélevant directement leurs salaires. Les personnes travaillant dans le secteur informel doivent quant à eux payer une prime d'adhésion. Si plusieurs pays africains ont mis en place un régime d’assurance santé, les faibles taux de couverture sont des défis majeurs et récurrents. En effet, la perception des cotisations de la grande majorité des populations travaillant dans le secteur informel est quasi-impossible.

Il existe d'autres modèles, notamment les systèmes d’assurance privés et mutuelles communautaires, qui tous deux s'appuient sur des contributions volontaires. Les pays qui dépendent fortement de l'assurance maladie privée, comme l'Afrique du Sud et les Etats-Unis, ont des systèmes de santé parmi les plus inégalitaires au monde. De leur côté, leses mutuelles communautaires ne parviennent pas à atteindre un nombre important de personnes. En Afrique, elles couvrent moins de 1% de la population.

Un nombre croissant de pays en développement, dont le Brésil, la Malaisie, le Mexique et la Thaïlande possèdent des systèmes de financement de la santé qui sont adaptées à leurs spécificités nationales et qui les font progresser vers l’atteinte de la CSU. Plutôt que de concentrer les efforts sur la collecte des primes auprès de ceux qui sont trop pauvres pour les payer, ces pays ont privilégié le budget général de l’Etat pour financer la santé.

*En 2010, les dépenses de santé de 52 pays en développement combinées étaient de 275,6 milliards de dollars. Améliorer sensiblement la perception de l'impôt dans ces pays pourrait lever 269 milliards de dollars, selon un rapport d'Oxfam de 2011 : Décider de son développement : la fiscalité pour combattre la pauvreté.

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