L’aide européenne en déficit de financement de 36 milliards d'euros par rapport aux objectifs de l’ONU pour 2015

L’aide européenne aux pays pauvres stagne alors que l’échéance des objectifs du Millénaire pour le développement des Nations unies (ONU) ne se situe plus qu’à deux ans de nous. Le nouveau rapport de Concord AidWatch publié aujourd'hui lors de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté révèle en effet une aide stagnante ou coupée dans 19 Etats membres de l’Union européenne (UE). Le rapport se penche sur la qualité et la quantité de l'aide de l’UE, avec une analyse montrant que le déficit de financement pour atteindre l’objectif de l'ONU s'élève à 36 milliards d'euros.

L'aide européenne à reculons

Les 27 pays de l'UE ont fourni 50,6 milliards d'euros, soit 0,39 % du revenu national brut de l'Union, à l’aide au développement en 2012, ce qui représente une baisse de 4 % par rapport à l'année précédente. L’aide de l'UE est tombée à son plus bas niveau depuis 2007, des projections d’AidWatch montrant que l'aide totale devrait quasiment stagner à environ 0,43 % du RNB de l'UE en 2013-2014.

Wiske Jult, de la plate-forme nationale belge 11.11.11 a déclaré: « Une aide efficace joue un rôle unique et les pays européens ne doivent pas se détourner de leur rôle dans la lutte contre la pauvreté mondiale. Certains pays comme la Belgique ont toutefois fait du budget de l'aide au développement la première victime de leurs compressions budgétaires, malgré de beaux discours sur le développement sur la scène internationale aux Nations unies. Ces deux poids, deux mesures envoient le mauvais message aux pays en développement ».

Les pays de l'UE qui vont à l'encontre de la tendance

Ce rapport montre que plusieurs pays ont considérablement accru leur aide au développement, les plus fortes augmentations relatives étant en Lettonie (17% ), au Luxembourg (14% ), en Pologne (14% ), en Autriche (8% ), en Lituanie (8%) et au Royaume-Uni (7% ).

Ceux ayant déjà atteint l'objectif de 0,7 % sont le Danemark (0,8%), le Luxembourg (1%) et la Suède (0,99 %), alors qu’en 2013 le Royaume-Uni se joindra à eux, à 0,7% .

L’aide gonflée n‘atteint pas les pays en développement

5,6 milliards d'euros de l'aide européenne ont été gonflé et n'ont jamais atteint les pays en développement, l’aide réelle s’élevant donc à 45 milliards d'euros, soit seulement 0,35 % du RNB (voir les détails sur la méthodologie dans les notes ci-dessous).

Natalia Alonso, directrice du bureau européen d’Oxfam, a déclaré : « L'aide réelle doit atteindre celles et ceux qui en ont le plus besoin plutôt qu'être utilisée pour payer les intérêts sur la dette. Faire de la petite politique avec les engagements d'aide signifie que moins d'enfants iront à l’école, que l'accès aux soins de santé va devenir plus difficile et que des millions de personnes se coucheront chaque soir la faim au ventre. Les pays de l'UE ne doivent pas considérer leurs promesses comme secondaires, mais plutôt un bon investissement pour l'avenir. »

Les données complètes sur la qualité et la quantité de l’aide de l'UE et de ses États membres sont disponible à l'adresse suivante :http://aidwatch.concordeurope.org

Notes aux rédactions

  1. Concord surveille les niveaux d'aide européens à travers AidWatch et compare les chiffres officiels de l’aide de l'UE avec le montant réel de l'aide allant aux pays en développement. Pour plus d'informations : http://concordeurope.org ou http://aidwatch.concordeurope.org 
  2. Les engagements : en 2005, l'UE-15 s’est engagée à consacrer au moins 0,51 % de son RNB à l'aide internationale à l'échéance de l'année 2010 (avec une moyenne de 0,56 %) et 0,7 % en 2015. Les 12 nouveaux États membres se sont engagés à y consacrer 0,17% de leur RNB en 2010 et 0,33 % en 2015.
  3. Concord AidWatch prend en compte « l’aide réelle », c'est-à-dire celle qui est véritablement axée sur l'éradication de la pauvreté et l’amélioration de la vie des personnes pauvres dans les pays en développement.
  4. Définition de « l'aide gonflée » selon Concord AidWatch : les chiffres de l'aide publique (APD) comprenant l'annulation de la dette, les coûts liés aux étudiants et réfugiés dans les pays donateurs, les intérêts sur les prêts et l'aide « liée » ou conditionnelle. Il s'agit d’éléments isolés de l'APD qui n'équivalent pas à un réel transfert de ressources vers les pays en développement et sont difficiles à relier à des résultats de développement clairs.
  5. Seuls sept États membres de l'UE ont adopté et engagé une stratégie complète pour la mise en œuvre des engagements de Busan.
  6. Le rapport AidWatch 2013 a été publié le 17 octobre pour coïncider avec la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, un événement annuel reconnu par l'ONU organisé pour la première fois le 17 octobre 1987 et aujourd'hui célébré dans le monde entier pour « promouvoir la prise de conscience de la nécessité d'éradiquer la pauvreté et la misère dans tous les pays » et trouver des solutions pour créer un monde plus juste pour tous.

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