COP19: le financement de la lutte contre le changement climatique plonge les pays pauvres dans l’incertitude

Selon Oxfam, face au manque de transparence et à l’opacité des méthodes comptables utilisées par les pays développés, les pays en développement peinent à comprendre quels seront les financements disponibles pour lutter contre le changement climatique.

Oxfam a analysé les montants que les principaux bailleurs de fonds soutenant la lutte contre le changement climatique se sont engagés à verser entre 2013 (soit la fin de la période des financements précoces) et 2015. Les négociations des Nations unies sur le climat s’ouvrent aujourd’hui en Pologne et le financement de la lutte contre le changement climatique est un point majeur au programme.

« Les pays riches doivent indiquer clairement aux pays pauvres sur quelles sommes ces derniers peuvent compter, dès à présent et dans les années à venir, pour financer leurs efforts d’adaptation au changement climatique et de réduction des émissions, insiste Kelly Dent, porte-parole d’Oxfam sur les questions climatiques. Face à l’incertitude qui se prolonge d’une année à l’autre, les pays vulnérables ne peuvent absolument pas prendre les mesures nécessaires pour protéger leurs citoyennes et citoyens. Cette opacité ne fera qu’entretenir la méfiance autour de la table des négociations. »

Ainsi, selon les analyses d’Oxfam :

  • 24 pays développés n’ont toujours pas confirmé les montants de leur aide au financement de la lutte contre le changement climatique pour cette année. Pire, les pays qui ont fourni au total 81 % des financements précoces n’ont pas encore annoncé le niveau de leurs engagements pour 2014. Un seul pays, le Royaume-Uni, a publié son plan de financement de la lutte contre le changement climatique en 2015.
     
  • Selon les estimations d’Oxfam, le total des contributions au financement de la lutte contre le changement climatique, déclarées par les pays développés en 2013, s’élève à 16,3 milliards de dollars. Cependant, le montant net pourrait en réalité approcher les 7,6 milliards, certains pays ayant pris en compte le montant total des prêts engagés alors qu’ils leur seront remboursés. Seuls 8,3 milliards ont été officiellement annoncés dans le cadre des négociations des Nations unies sur le climat, et de nombreuses inconnues demeurent sur les montants, d’autant plus que les pays incluent désormais des contributions non comptabilisées pendant la période des financements précoces. 
     
  • Ces montants de 7,6 et 16,3 milliards de dollars se situent très en-deçà des estimations minimales du coût de l’adaptation au changement climatique pour les pays en développement, la fourchette d’estimation allant de 27 à plus de 100 milliards de dollars. À titre de comparaison, entre 2005 et 2011, les pays développés ont dépensé de 55 à 90 milliards de dollars par an afin de subventionner les énergies fossiles. Autres exemples : les Pays-Bas consacrent 1 milliard d’euros par an pour protéger des inondations leurs zones côtières de faible élévation, et l’Australie prévoit de consacrer 12 milliards de dollars à son adaptation au risque de pénurie d’eau jusqu’en 2018.
     
  • Face à la complexité et l’opacité des méthodes comptables utilisées, il est impossible de comparer les derniers engagements avec ceux des années précédentes. Les financements de la plupart des pays semblent néanmoins stagner (ex. : Pays-Bas) ou diminuer (ex. : Suède). 
     
  • Au lieu de venir s’ajouter au financement de la lutte contre le changement climatique, beaucoup de ces fonds proviennent des budgets d’aide publique au développement ou des aides au développement en matière climatique qui ne sont pas essentiellement destinées à l’action pour le climat.

L’an dernier, à Doha, les pays développés se sont engagés à indiquer comment ils augmenteront leurs financements afin de mobiliser les 100 milliards de dollars par an promis à l’horizon 2020. Seuls les États-Unis, l’Union européenne, le Japon et la Nouvelle-Zélande ont respecté cet accord. Les informations soumises apportent toutefois plus de questions que de réponses et ne donnent pas l’assurance que ces 100 milliards de dollars se matérialiseront bien.

« Les pays riches protègent leurs territoires tout en continuant à investir massivement dans des énergies polluantes qui favorisent le changement climatique », déplore Kelly Dent.

« Il faut absolument plus de transparence, plus d’obligation de rendre des comptes et un plan qui définisse comment les pays vont accroître le financement de la lutte contre le changement climatique. On ne peut pas laisser les pays riches botter en touche cette question cruciale. S’ils le faisaient malgré tout, davantage de personnes encore souffriraient de la faim, l’augmentation des émissions aggraverait le changement climatique, et une nouvelle perte de confiance risquerait d’enterrer tout espoir de parvenir à un accord mondial sur le climat en 2015. »

Notes aux rédactions

* Les données figurant dans la note d’information d’Oxfam intitulée After the Fast Start: Climate finance in 2013 and beyond (en anglais uniquement) portent sur les pays développés qui ont annoncé des promesses de financement à Doha ou ont fourni une part importante des financements précoces entre 2010 et 2012.

* Les chiffres fournis sont basés sur les informations disponibles au moment de la publication.

* Suivez Oxfam aux négociations sur le climat sur @oxfamatcop et @Oxfam_fr

Contact

Pour une interview avec un ou une porte-parole d’Oxfam à Varsovie, contactez :

Georgette Thomas, attachée de presse Oxfam : gthomas@oxfam/org.uk ou +44 (0)7824 503108 @georgetteginn (à Varsovie du samedi 9 au mardi 12 novembre)

Anna Ratcliff : +44 (0) 7796 993 288 / anna.ratcliff@oxfaminternational.org @anna_ratcliff1 (à Varsovie du mardi 19 au samedi 23 novembre)