Bientôt deux ans après le coup d’État, les progrès sont trop lents au Mali

Tandis que la démocratie renait dans le pays, le Mali risque de compromettre ses chances de mettre fin à la corruption et d’éradiquer les abus de pouvoir, deux ans après le coup d’Etat de 2012. 

La population malienne a besoin de voir des changements significatifs quant à la manière de gouverner le pays - dont une distribution de l’aide au développement plus juste, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui. Le gouvernement malien et les donateurs vont se rencontrer à la conférence de Bruxelles le 5 février afin de discuter de l’avenir du pays.

L’ONG internationale Oxfam et plusieurs de ses partenaires de la société civile malienne ont ainsi cosigné un rapport intitulé « Ce qu’il reste à faire : quatre priorités pour une meilleure gouvernance au Mali ». Il indique que les donateurs doivent s’assurer que la relation entre le gouvernement malien et les citoyens soit renforcée et plus transparente, équitable, juste et inclusive.

Les enjeux de la conférence de Bruxelles

Selon Mohamed L. Coulibaly, Directeur Pays pour Oxfam au Mali, « le Mali est à la croisée des chemins. Les décideurs qui se retrouvent à Bruxelles aujourd’hui doivent placer la justice, la réconciliation, la participation citoyenne et le développement équitable au centre de leurs discussions. Depuis longtemps, la société civile a œuvré dans ce sens, et nous sommes également prêt à travailler avec le gouvernement ».

En 2013, les donateurs présents à la conférence de Bruxelles s’étaient engagés à verser 3,2 milliards d’euros pour le développement et la reconstruction au Mali. Cependant, le montant exact des fonds transférés au Mali demeure difficile à évaluer, notamment à cause de la complexité des engagements. Si bien que l’on peut s’interroger sur le montant d’aide réellement disponible pour la stabilisation et reconstruction du pays, en particulier pour la France.

Démocratie et lutte contre la corruption

Les fonds reçus ont contribué à soutenir le processus électoral et quelques efforts de reconstruction. Cependant, beaucoup reste à faire pour assurer la restauration d’un ordre démocratique, d’une bonne gouvernance et mettre fin à la corruption.

Les organisations de la société civile maliennes et Oxfam veulent que ces promesses d’engagements soient soumises à un véritable suivi, conformément au standard de l’Initiative Internationale pour la Transparence de l’Aide (IITA).

Justice et réconciliation

« La paix et la stabilité dépendent de la justice et de la réconciliation. Avant même le début du conflit, les femmes et les hommes en situation de pauvreté n’avaient que peu accès à la justice en dehors de la capitale Bamako. Les donateurs et le gouvernement du Mali sont responsables de la transition vers la paix assurant l’accès à la justice pour tous, y compris les victimes d’exactions », déclare Ibrahima Koreissi, coordinateur national de l’association Deme So.

Le Mali compte seulement près de 270 avocats sur une population de 15 millions d’habitants et seulement quatre femmes dans un gouvernement de 34 ministres et une Commission pour la Vérité, la Justice et la Réconciliation qui n’est pas encore en état de marche. Les donateurs et l’Etat malien doivent s’engager vers le renforcement d’une justice plus efficace et à augmenter la participation des femmes au sein du processus politique.

Représentation des femmes

Pour Bintou Samaké, Présidente de WILDAF-Mali : « Les femmes maliennes doivent être équitablement représentées dans les prises de décisions, en commençant au niveau du gouvernement. Seulement 1 % des maires au Mali sont des femmes. L’Union européenne a généreusement soutenu les élections présidentielles et législatives, il est important que les candidatures des femmes aux élections municipales d’avril soient spécifiquement soutenues par l’UE et les autres donateurs ».

« La situation au Nord du Mali demeure fragile. Les donateurs ne doivent pas oublier que plus de 800 000 personnes ont besoin d’une aide alimentaire immédiate en raison du conflit, de faibles récoltes et de pluies insuffisantes. Le Mali a besoin d’une réponse globale à ces nombreux défis auxquels il fait face », ajoute Mohamed L. Coulibaly.

Notes aux rédactions

  • L’ACOD (Association conseil pour le développement) a été fondée en 1995. Son mandat est de soutenir les droits sociaux et économiques au sein des communautés rurales. L’organisation défend le développement local et le renforcement des processus de décentralisation à être plus efficaces pour les communautés.
  • L’Association Deme So a été crée en 1992 pour promouvoir les droits humains et tout particulièrement ceux des femmes et des enfants. Récemment, elle a développé des cliniques juridiques et a soutenu la formation et le déploiement d’assistants juridiques dans les zones rurales au Mali. L’association travaille dans le district de Bamako et au sein de 38 communautés dans les régions de Koulikoro, Segou, Kangaba, Mopti et Tenekou. Elle coopère également avec des organisations de tutelle nationales et les ministères de la justice et de la décentralisation.
  • Le Groupe de Suivi Budgétaire Mali est spécialisé dans l’évaluation et l’analyse des allocations et des dépenses du budget national. Le groupe a plaidé auprès du gouvernement pour plus de transparence dans la gestion du budget et a une participation des citoyens et de la société civile. GSBM travaille dans 6 municipalités ou communes urbaines et 33 rurales.
  • WILDAF- Mali est un réseau panafricain de 500 organisations et 1 200 personnes dans le but de promouvoir les droits des femmes en Afrique. WILDAF-Mali travaille sur les questions d’accès à la justice pour les femmes et l’accès à leur terre, leurs droits fonciers et de réconciliation nationale.
  • Femmes et Droits Humains est une nouvelle organisation de promotion des droits civils et politiques des femmes. L’association travaille dans le but d’augmenter la représentation des femmes sur les listes électorales en amont des élections municipales au Mali.

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