La fuite des commerçants, face à la violence recrudescente, plonge la République centrafricaine dans une crise alimentaire majeure

Bangui 10 février 2014. Aujourd’hui, la violence en République Centrafricaine ciblant particulièrement les grands commerçants et les éleveurs fait craindre une crise alimentaire majeure préviennent des organisations humanitaires.

La majorité du commerce alimentaire de Bangui dépend de 40 grands grossistes qui importent la nourriture des pays voisins et la revend aux détaillants.

Une enquête menée par Oxfam et Action contre la faim montre que moins de 10 importateurs restent à Bangui et qu’ils pourraient d’ailleurs partir si les conditions de sécuritaires ne s’améliorent pas dans un futur proche.

Une situation alimentaire alarmante

Aggravant la situation, 96 % des paysans n’ont pas accès aux semences selon une estimation des Nations unies, malgré le démarrage de la principale saison agricole dans moins d’un mois. Avec de mauvaises récoltes, la crise actuelle va se détériorer et s’étendre tout au long de l’année.

90 % de la population ne mange qu’une fois par jour, d’après une estimation des Nations Unies, et la situation pourrait empirer selon Oxfam, Action contre la Faim, International Medical Corps, Mercy Corps et Tearfund.

Une forte inflation

L’évaluation des prix d’Action contre la Faim montre que les coûts des denrées de première nécessité tels que le manioc et l'arachide ont déjà augmenté. Le manioc a augmenté de 20 % depuis novembre. Les grossistes ont également signalé une diminution des ventes de 85-95 % au cours des deux derniers mois due à la baisse des revenus des populations et l’augmentation des prix. A cause de la fuite des éleveurs, la viande a disparu de bien des étals de Bangui et quand il y en a, c’est à prix double.

Philippe Conraud, directeur pays d’Oxfam en République Centrafricaine dit que « l’absence prolongée des grossistes serait catastrophique. Cela conduirait à pénurie des denrées de première nécessité et une très forte inflation. La violence et l’insécurité chassent les gens du pays mais empêcheront également la nourriture d’entrer dans le pays et les populations ne pourront plus trouver à manger pour leur famille. La RCA sera comme en état de siège. La plupart de ceux qui ont fui les attaques de Bangui sont les piliers de l’économie locale. Si le peu de grands commerçants qui reste n’est pas protégé, les conséquences seront désastreuses ».

Des entrepôts vides

Des centaines de camions transportant de la nourriture sont bloqués à la frontière camerounaise par crainte d’être attaqués par des groupes armés.

Dans un des marchés abandonnés de Bangui, sur 37 vendeurs d'arachide seuls trois sont encore là. Un d’entre eux dit que « tout le monde est parti, parce qu’il n’y a pas de sécurité. Avant il y avait jusqu’à 1 000 sacs dans l’entrepôt, maintenant, il n'y en a plus. J’ai déjà envoyé ma femme et mes enfants au Tchad. Dès que je vends ce qui me reste, je partirai aussi ».

Renforcer l'aide d'urgence

Christopher Rae, Chef de l’équipe d’urgence de International Medical Corps affirme que: « nous devons faire tout ce que nous pouvons pour sauver les prochaines récoltes, mais la réalité est qu’elles seront faibles inévitablement. Cela ne fera qu’approfondir et prolonger la crise actuelle. Nous devons donc à la fois renforcer l’aide d’urgence aux familles affectées et préparer une réponse plus soutenue pour l’année à venir ».

Selon les Nations Unies, 1,3 million de personnes ont déjà besoin d’une assistance alimentaire immédiate, d’après une évaluation dans Bangui et les régions du Nord-Ouest. L’Organisation Internationale des Migrations a récemment estimé que 838 000 personnes sont déplacées à l’intérieur du pays (dont 414 000 à Bangui) depuis le début du mois de décembre 2013. En plus, 245 000 centrafricains et 31 000 citoyens d’autres pays ont fui le pays.

Notes aux rédactions

Contact

Pour interviews et information complémentaire :