Les partenariats à grande échelle avec le secteur privé pourraient saper les droits fonciers des Africains, renforcer les inégalités et nuire à l'environnement

Les politiques gouvernementales et l’aide internationale de près de 6 milliards de dollars aux grands partenariats public privé (PPP) risquent de fragiliser les droits fonciers des Africains, d'aggraver les inégalités et de nuire à l'environnement. Selon le dernier rapport d'Oxfam, « Un aléa moral ? Les mégas partenariats public-privé dans l'agriculture africaine », les partenariats dits méga PPP n’ont pas fait leurs preuves, présentent de nombreux risques et constituent une utilisation douteuse des fonds publics pour lutter contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire. 

Près de la moitié de la population africaine dépend de l'agriculture pour sa subsistance. Malgré l'efficacité démontrée des investissements dans l'agriculture sur la réduction de la pauvreté, les dépenses des gouvernements africains et des pays donateurs ont été bien faibles au cours des deux dernières décennies. Bien qu’ils aient dernièrement renouvelé leurs engagements pris à Malabo d’affecter plus de 10 pour cent de leurs budgets nationaux au secteur de l'agriculture, les gouvernements d'Afrique subsaharienne ne consacrent en moyenne que 5 pour cent de leurs budgets nationaux à ce secteur. 

Des ressources naturelles sous pression

Alors que la pression sur les ressources naturelles ne fait qu’augmenter, les pays donateurs et les gouvernements africains cherchent à tirer profit de l'intérêt croissant du secteur privé pour les terres africaines. Les mégas PPP, appelés « corridors de croissance » en Tanzanie, au Burkina Faso, au Malawi, au Ghana et au Mozambique, illustrent cette tendance. La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition, soutenue par les économies riches et industrialisées du G8, et GROW Africa, une initiative PPP de grande ampleur soutenue par le Forum économique mondial, sont deux exemples d'initiatives mondiales promues par des donateurs pour soutenir les Méga PPP. 

« Après des décennies de sous-investissement, les gouvernements africains se tournent vers des partenariats avec les organismes d'aide des bailleurs de fonds, de grandes entreprises ou des investisseurs pour développer le secteur de l'agriculture. Ces derniers sont attractifs grâce à leurs capitaux, leur technologie et leur monnaie, mais les risques sont énormes, en particulier pour les droits fonciers des communautés locales dans les régions recevant ces investissements », souligne Robin Willoughby, en charge des questions d'agriculture et de sécurité alimentaire pour Oxfam. 

Des incitations au détriment du développement à long terme

Selon Oxfam, des incitations foncières, fiscales et commerciales ont été mises en place pour inciter les entreprises à rejoindre ces programmes et mettre rapidement en œuvre du méga PPP, au détriment des objectifs de développement à long terme. La superficie totale des terres ouvertes aux investissements dans seulement cinq pays accueillant des méga PPP dépasse la taille de la France ou de l'Ukraine. Les gouvernements ont transféré plus de 1,25 million d'hectares aux investisseurs et grandes entreprises agricoles, soit la superficie totale des terres agricoles cultivées en Zambie ou au Sénégal. En raison des faiblesses des régimes fonciers dans de nombreux pays africains, ces subventions et ces transferts peuvent potentiellement mettre en péril les droits fonciers des communautés locales. 

Pour Oxfam, ce modèle risque également d'aggraver les inégalités dans les pays africains, des inégalités déjà très importantes à travers le continent, et de nuire à l'environnement en permettant une agriculture de plantation. 

Oxfam appelle à faire bénéficier les 600 millions d'Africaines et Africains travaillant dans l'agriculture d’investissements qui ont fait déjà leurs preuves, au lieu de favoriser des partenariats avec de grands acteurs du secteur privé. Par exemple, les gouvernements et bailleurs de fonds devraient renforcer les investissements du secteur public en faveur l’agriculture familiale, des marchés locaux et régionaux. Ils devraient également mettre en place une réglementation stricte pour s'assurer que les investissements du secteur privé profitent aux millions de petits producteurs vivant dans les zones rurales. 

Notes aux rédactions

Le rapport d'Oxfam « Un aléa moral ? » se fonde sur une analyse documentaire approfondie, des entretiens avec des informateurs clés et trois études de cas au Burkina Faso, au Malawi et en Tanzanie.

Contact

À Addis Abeba, Robin Willoughby, rwilloughby@oxfam.org.uk, Mobile : +44 (0)7789273825
À Addis Abeba, Lamine 
À Dakar, Awa Faly Ba, afba@oxfam.org.uk, Bureau : + 221 221 33 859 37 22/ Mobile : +221 77639 41 78
À Johannesburg, Priyal Pillay, ppillay@oxfam.org.uk, Bureau : +27 (0)12 423 9966 / Mobile : +27 (0)73