Assurer la sécurité alimentaire à Gao, au Mali, malgré le conflit

Eleveurs de la région de Gao, Mali. Photo : Oxfam
Nous aidons notamment les éleveurs de Gao à préserver leur principale ressource : leur bétail

Depuis décembre 2011, Oxfam met en oeuvre à Gao un programme d’urgence pour réduire la vulnérabilité vis-à-vis de la sécurité alimentaire

Les conséquences de la détérioration de la situation sécuritaire au Mali en 2012 et de l’éclatement d’un conflit armé en 2013 ont aggravé les conditions de vie de la population malienne déjà affectée par la crise alimentaire de 2011-2012. Une situation qui a davantage fragilisé l’équilibre dans lequel se trouvait la région de Gao, située au nord du pays, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso, cycliquement déficitaire en termes de production agricole, dégradant de fait la situation humanitaire.

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Par exemple, en ce début d’année 2013, le prix du petit mil a augmenté de 13% à Gao et, selon les estimations provisoires du ministère malien de l’Agriculture, la production céréalière a baissé de 40%. En plus, la faiblesse de la pluviométrie suivie d’une forte crue du fleuve Niger a entraîné dans la région de mauvaises récoltes de riz et de « bourgou » (complément fourrager en période de soudure).

Cette situation rendue complexe par le conflit armé a eu un fort impact sur la disponibilité et la diversité alimentaire des ménages qui, en raison de l’insécurité, ne pouvaient plus effectuer leurs déplacements habituels pour s’approvisionner ou pour la transhumance du bétail.

Le démarrage, en janvier 2013, des opérations militaires a réduit ou freiné la présence et l’intervention des organisations humanitaires au moment où l’on constate un accroissement des besoins et une paralysie au niveau des services sociaux de base et des circuits économiques. Des centaines de milliers de personnes ont fui le nord du Mali, dont Gao, pour trouver refuge dans les pays frontaliers, au nord et aussi au sud du Mali. Les derniers chiffres des Nations Unies font état de 147 000 réfugiés maliens dans les pays voisins et de quelque 200 000 déplacés internes.

Un travail de long terme contre la malnutrition

Oxfam opère au Mali depuis plus de 25 ans, avec des projets de développements ruraux et humanitaires et met en oeuvre des programmes dans la région de Gao depuis plus de deux décennies. Afin de porter assistance aux plus vulnérables, l’organisation internationale a ainsi démarré, en janvier 2012, un projet intitulé « Atténuer la vulnérabilité des ménages et des communautés à l’insécurité alimentaire et la malnutrition dans la perspective d’une crise alimentaire en 2012 », en partenariat avec l’Organisation non gouvernementale (ONG) locale Tassaght et les services techniques de l’Etat. Il vise à atteindre 59 250 bénéficiaires d’ici mars 2013.

Mis en oeuvre pour prévenir la malnutrition et protéger les moyens de subsistance des ménages vulnérables, il se base essentiellement sur les transferts d’argent sous forme de argent-contre-travail (ou « Cash for Work »), de transferts monétaires inconditionnels et de distributions d’alimentation pour le bétail.

Aussi, dans les communes de Taboye, Bourem et Temera (cercle de Bourem) quelque 13 000 personnes ont bénéficié d’un transfert d’argent et 14 006 autres éleveurs ont, eux, reçu 270 tonnes d’aliments pour le bétail afin qu’ils ne bradent leurs animaux pendant la période de soudure.

Une stratégie repensée en raison du conflit

L’arrivée à Gao des groupes armés rendant impossible toute intervention après le mois d’avril 2012, Oxfam a repensé sa stratégie communautaire. C’est pour la tester qu’en juin 2012, un projet-pilote ciblant 4 152 personnes a été entrepris dans les cercles de Bourem, de Gao et de Ménaka. Cette phase, qui a surtout ciblé les femmes, a permis à chaque bénéficiaire de recevoir 13,5 kilogrammes de riz, représentant la consommation d’un mois.

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#666; font-size: 90%;">Hamzata Ahmidi, bénéficiaire d’Oxfam à Dengha, Mali. Photo : Oxfam

En septembre 2012, grâce aux conclusions de la phase-pilote, le programme humanitaire a de nouveau étendu sa couverture pour atteindre, actuellement, 81 villages situés dans quatre communes du cercle de Bourem (Taboye, Bourem, Temera et Bamba). Cela, en vue de sécuriser l’accès aux besoins essentiels et d’améliorer l'accès à l'eau potable et aux conditions d'hygiène dans ce cercle par des distributions gratuites de vivres, distributions de biens non-alimentaires, mesures de repeuplement de cheptels et maraîchage. A ce jour, le programme a atteint 45 396 personnes, dont 4 745 enfants de zéro à cinq ans et 2 161 femmes enceintes ou allaitantes.

Originaire du village de Dengha, dans la commune rurale de Taboye, Hamzata Ahmidi est un quinquagénaire chef d’un ménage de dix personnes. Il fait partie des bénéficiaires des distributions alimentaires d’Oxfam et de ses partenaires. « Pour subvenir aux besoins de ma famille, je cultive mon champ à l’aide d’une houe parce que je ne possède ni charrue ni charrette ni boeuf de labour. En 2012, je n’ai récolté que 200 kg de riz paddy. Ce qui couvre à peine un peu plus d’un mois de nourriture pour ma famille », explique-t-il. Il a reçu du riz, du niébé, de l’huile et du sel au cours d’une distribution lui permettant de nourrir les siens pendant un mois.

Gao est la septième région administrative du Mali, située au nord, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso. Elle compte quelque 600 000 d’habitants, essentiellement des Sonrhaïs, des Peulhs, des Bozos, des Touaregs et des Arabes qui tirent leurs revenus de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et du commerce.

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