Afrique de l’Ouest : les maux d’une crise oubliée

Awari*, 18 ans, est assis avec sa sœur dans le petit abri de fortune qu’ils partagent avec cinq autres membres de leur famille aux abords du village de Toumour, au nord-est du Niger.
Awari*, 18 ans, est assis avec sa sœur dans le petit abri de fortune qu’ils partagent avec cinq autres membres de leur famille aux abords du village de Toumour, au nord-est du Niger.

Le conflit actuel avec Boko Haram dans la région ouest-africaine du bassin du lac Tchad a forcé plus de 2,6 millions de personnes à fuir les violences au Nigeria, au Niger et au Tchad, les coupant de leurs moyens de subsistance et détruisant les infrastructures vitales.

Le nombre de personnes déplacées dans la plupart des zones affectées a triplé depuis les deux dernières années. Celles-ci se déplacent fréquemment d’un endroit à un autre en l’espace de quelques mois par crainte pour leur sécurité.

La plupart des familles déplacées sont hébergées par des communautés qui comptent parmi les plus pauvres au monde, dans des campements sauvages où elles n’ont pas accès à des services de base comme l’eau courante et l’assainissement.

Leur maison détruite et leur vie complètement perturbée, un grand nombre de femmes, hommes, filles et garçons ont dû tout abandonner et se trouvent en situation de vulnérabilité extrême.

Des enfants souffrant de malnutrition

Le conflit dans le bassin du lac Tchad a fait basculer les communautés dans des niveaux dangereux d’insécurité alimentaire et de malnutrition, en particulier parmi les enfants. Les réserves de nourriture se sont épuisées, les gens ont difficilement accès aux marchés et les denrées alimentaires sont hors de prix. Dans le nord-est du Nigeria, plus d’un million de personnes sont au bord de la famine.

Amina, 20, holds her son, who has been suffering from fever and diarrhea.

Amina*, 20 ans, tient son fils qui souffre de fièvre et de diarrhée alors qu’il est examiné pour malnutrition dans une clinique située dans un quartier de la ville de Banki qui sert de camp pour les personnes déplacées par le conflit avec Boko Haram. Ici, tout le personnel est constitué de personnes déplacées qui ont été formées pour soigner les membres de leur communauté. La plus grande partie de la ville est abandonnée.

En raison des opérations militaires contre Boko Haram, les communautés ont été évacuées de leur maison pour être transférées dans des régions sans services de base, emplois ou moyens de subsistance. Le camp de Banki se compose de personnes originaires des villages environnants précédemment occupés par Boko Haram, de Nigérians et de Tchadiens qui sont au Nigeria depuis longtemps et se sont retrouvés prisonniers du conflit. Près de 15 000 à 32 000 personnes habitent actuellement ici, sous la surveillance de l’armée et avec une aide humanitaire limitée.

Des maladies transmises par l’eau

Hwaida, 10, queues to collect water in the camp at Banki.

Hwaida*, 10 ans, fait la queue pour chercher de l’eau au camp de Banki. Elle explique qu’elle a attendu toute la matinée et doit généralement attendre au moins deux heures avant de recevoir de l’eau.

La pauvreté et la vulnérabilité ont été exacerbées par le conflit, et les zones affectées manquent d’infrastructures et de ressources pour faire face à une crise de cette ampleur. Le conflit a provoqué la destruction massive de villages entiers, de routes, de sources d’eau, d’établissements de santé et d’écoles.

L’eau est un problème de taille, et alors que la saison des pluies bat son plein, le risque de poussées de maladies d’origine hydrique comme le choléra est élevé. Les enfants risquent souvent de succomber aux maladies provoquées par la consommation d’eau insalubre, comme la diarrhée.

Des mères isolées et abandonnées

Kadija, 18 ans, tient son bébé dans une maison à Maiduguri au Nigeria.

Kadija*, 18 ans, tient son bébé dans une maison à Maiduguri au Nigeria.

Kadija a été kidnappée par Boko Haram et mariée de force à un combattant dont elle a eu un enfant. En tant qu’ex-épouse d’un combattant de Boko Haram, elle est confrontée à une stigmatisation de la part de sa communauté, tout comme son enfant, considéré comme de “mauvaise souche”.

Elle habite actuellement dans un camp pour personnes déplacées par le conflit, car son père l’a désavouée. Elle a été emmenée dans la brousse où elle a accouché sans aucune installation sanitaire. Une fois qu’elle a jugé que le bébé était assez fort, elle s’est évadée.

Après sa fuite, elle a été détenue par l’armée nigériane. Elle raconte : “J’étais détenue avec d’autres femmes qui ont été mariées de force. Nous avons été torturées et déshumanisées par les militaires. Ils nous appelaient les “femmes de Boko Haram” et nous avons passé un mois en détention. C’était une expérience extrêmement pénible. Ils m’ont ensuite relâchée.”

Des familles déchirées

En plus des 2,6 millions de personnes actuellement déplacées, on estime que 2,2 millions de personnes supplémentaires (dont plus de la moitié des enfants) pourraient être prises au piège dans des zones sous le contrôle de Boko Haram, sans aide humanitaire.

Bintu, 30, a mother of five from Soya, near the town of Bama, holds her husband’s ID card.

Bintu*, 30 ans, mère de cinq enfants, originaire de Soya près de la ville de Bama, tient la carte d’identité de son mari à l’intérieur d’un abri situé dans un camp pour personnes déplacées à Maiduguri dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria.

Le mari de Bintu s’est caché sous leur lit pendant 25 jours par peur d’être capturé par Boko Haram. À sa recherche, des membres de Boko Haram sont venus à son domicile à plusieurs reprises. Une nuit, il est sorti discrètement pour regagner Maidiguri à pied, mais il a été capturé. Binto ne sait pas s’il est encore en vie.

Des agriculteurs sans moyens de subsistance

Hassan, 35, a father of six, with his sons, in the field he rents on the outskirts of Maiduguri, Nigeria.

Hassan*, 35 ans, père de six enfants, avec ses fils dans le champ qu’il loue près de Maiduguri, au Nigeria.

Hassan était un agriculteur prospère avant que la crainte des violences de Boko Haram ne le force à fuir son village. Il doit désormais travailler en tant qu’ouvrier agricole afin de pallier le manque de nourriture pour sa famille. “Je dois nourrir mes six enfants, ma femme, ma grand-mère et deux petits-fils. Combien de jours cela [cette nourriture] nous suffira-t-il ? Ça ne sera tout simplement pas assez”, explique-t-il.

“Nous avions tellement peur que, même lorsque nous avions assez à manger, nous ne pouvions pas manger ce qui était servi. C’était terrible. Nous ne pouvions même pas nous rendre à la ferme. Si nous nous étions rendus à la ferme, Boko Haram serait venu en motocyclettes pour nous tuer ou nous enlever. Nous avons dû abandonner notre ferme et notre bétail, et nous réfugier à la ville. Avant que Boko Haram attaque, j’avais une plus grande ferme, mais maintenant j’ai trop peur pour l’exploiter... peut-être l’année prochaine.”

Vous pouvez aider

Oxfam fournit une aide de première urgence à ceux qui en ont le plus besoin dans les pays touchés, mais l’ampleur de cette crise nécessite davantage de moyens pour éviter qu’elle ne devienne catastrophique.

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Photos: Sam Tarling/Oxfam

* Tous les prénoms ont été changés pour préserver l'anonymat.