Afrique du Sud : pour lutter contre le viol, des jeunes sensibilisent leur pairs

Boys and girls who participate in the Rape Crisis Cape Town Trust, in Khayelitsha, South Africa

Changer les mentalités et les comportements par l’éducation et le dialogue est au cœur de l’action du Rape Crisis Cape Town Trust, une association qui reçoit un soutien financier dans le cadre du programme de défense des droits des femmes « Engendering Change » (Engendrer le changement), financé par Oxfam, le gouvernement canadien et des dons privés.

Timides de prime abord, la vingtaine d’adolescentes et adolescents assis autour de la table finissent par s’ouvrir. Ils sont réunis pour parler du problème du viol au sein de leur communauté et faire part de leur collaboration, en tant que jeunes éducateurs dans leur lycée, avec l’association Rape Crisis Cape Town Trust (ou « Rape Crisis »), un partenaire d’Oxfam. 

Leur franchise est parfois brutale, mais le courage et la détermination avec lesquels ils portent le changement dans leur communauté éclairent leurs témoignages.

Changer les choses

Samkele, comme la plupart des filles et des garçons présents, vit avec sa famille dans une cabane en tôle ondulée de Khayelitsha, l’un des plus pauvres et plus grands townships d’Afrique du Sud.

« Le viol est un gros problème à Khayelitsha, estime-t-il. Parfois, c’est comme si les gens étaient habitués. Comme si c’était normal. Et puis, beaucoup pensent que c’est de la faute de la personne qui se fait violer, qu’elle s’est mal comportée. »

Il a vu de nombreux cas de viol dans son lycée et sa communauté, mais Samkele affirme que Rape Crisis change les choses.

« Maintenant que j’en sais plus, que j’ai reçu une formation de Rape Crisis, j’ai le devoir de les aider à comprendre qu’ils ont tort à bien des égards. On ne doit pas faire peser la responsabilité du viol sur les femmes. Nous devons changer cela. » 

Les deux garçons assis à côté de Samkele approuvent de la tête. Ses deux associés, dit-il. Pour se faire un peu d’argent et aider leur famille, les trois garçons vendent des chips et des sucreries aux pauses et à l’heure du déjeuner, dans leur école.

Rape Crisis mène des projets d’éducation afin de sensibiliser à la question et de prévenir les viols dans les établissements scolaires. L’association offre également des services d’aide psychosociale et une assistance juridique aux survivantes de viols. Changer les mentalités par l’éducation et le dialogue est au cœur même de son action. Rape Crisis reçoit un soutien financier dans le cadre du programme de défense des droits des femmes « Engendering Change » (Engendrer le changement), financé par Oxfam, le gouvernement canadien et des dons privés. 

Samkele précise que « ça n’a pas toujours été facile. Au début, mon père et mon frère aîné se moquaient de moi. Ils disaient que je ne suis pas un homme. » 

Un viol ne peut jamais se justifier

Yoliswa raconte qu’elle se lève tous les matins à 5 h 30 pour aller chercher de l’eau, la faire chauffer et préparer le petit-déjeuner pour sa famille avant de se préparer pour aller en cours. Elle habite aussi dans le township de Khayelitsha. Elle veut être actrice. 

« Mon activité de conseillère chez Rape Crisis m’a beaucoup appris et m’a permis de gagner en assurance, raconte-t-elle. 

« Souvent, les filles pensent qu’elles ne devraient pas porter de jupe, marcher seule dans la rue ni faire certaines choses à l’école au risque de se faire violer. Un problème, c’est que nos parents et plein d’autres personnes nous le disent par ignorance. Mais je leur explique que le viol n’est pas de la faute de la victime, qu’un viol ne peut jamais se justifier, que c’est toujours mal. »

« C’est pourquoi il est important de commencer à sensibiliser les jeunes au problème du viol et à influencer les mentalités. Nous pouvons changer les choses. »

Les mentalités évoluent en Afrique du Sud grâce au travail d’organisations comme Rape Crisis et de jeunes qui, à l’instar de Samkele et Yoliswa, portent le changement au sein de leur communauté. Le nombre de viols reste toutefois inacceptable, et beaucoup dénoncent l’impunité des violeurs et la mollesse des mesures de prévention mises en œuvre par l’État. Il y a encore beaucoup à faire.

Le Rape Crisis Cape Town Trust continue aujourd’hui à faire la liaison entre les survivantes de viols et leur communauté. L’association poursuit son action pour réduire la stigmatisation du viol, améliorer les services d’aide à la disposition des survivantes et prévenir les cas de viol à l’avenir.

Article initialement publié sur le site Web d’Oxfam Canada