Réfugiés burundais en Tanzanie: à l’abri des violences, mais pas du besoin

Un réservoir d’eau installé par Oxfam au camp de réfugiés de Nyarugusu, en Tanzanie.
Un réservoir d’eau installé par Oxfam au camp de réfugiés de Nyarugusu, en Tanzanie.

Plus d’une dizaine d’années de guerre a maintenu le Burundi, l’un des pays les plus pauvres au monde, dans un état permanent d’instabilité.

En 2015, les tensions électorales ont entraîné des manifestations violentes qui ont plombé l’économie et aggravé la situation des plus vulnérables. La peur des violences a jeté sur les routes des dizaines de milliers de Burundais qui se sont réfugiés dans les pays voisins, notamment la Tanzanie et le Rwanda.

La Tanzanie accueille actuellement plus de 110 000 Burundais dans les camps de Nduta et de Nyarugusu, lequel a récemment ouvert pour décongestionner les autres sites. Des centaines de réfugiés continuent d’arriver chaque jour et les organisations humanitaires doivent faire face à des choix difficiles quant à la meilleure manière d’utiliser leurs ressources limitées.

L’action d’Oxfam auprès des réfugiés burundais en Tanzanie

Depuis le mois de mai 2015, Oxfam s’emploie à soutenir les Burundaises et Burundais réfugiés en Tanzanie. Oxfam est l’organisation cheffe de file des opérations humanitaires dans le domaine de l’eau et l’assainissement pour les Burundais vivant dans des camps de Nyarugusu et de Nduta, dans la région de Kigoma (ouest de la Tanzanie). Nous installons des équipements d’approvisionnement en eau, tels que des réservoirs et des rampes de distribution. Nous construisons des latrines, des sanitaires et des points de lavage des mains. Nous creusons également des fosses à ordures.

Refugees collect Oxfam water and sanitation equipment in Nyarugusu campDes réfugiées viennent chercher du matériel distribué par Oxfam dans le camp de Nyarugusu. Photo : Bill Marwa/Oxfam

Des milliers de réfugiés ont désormais accès à l’eau potable et à un assainissement de base. Les conditions de vie restent néanmoins difficiles dans des camps de réfugiés qui sont surpeuplés et souffrent d’un manque de financement. Des réfugiés racontent.

Les troubles politiques ont contraint Irakunda, comme de nombreux Burundais, à partir de chez elle en septembre de cette année.

Avec son mari et son fils, elle a été transférée au camp de Nyarugusu en bus, après son arrivée en Tanzanie. « Nous avons séjourné dans un abri collectif pendant un mois avant de recevoir une tente familiale ». Mais cette tente ne les protège pas de tout, surtout pendant la saison des pluies. « S’il pleut la nuit, nous ne pouvons pas dormir. Nous devons rester debout dans les coins de la tente jusqu’à ce qu’il cesse de pleuvoir. La pluie m’empêche également de cuisiner, alors nous restons le ventre vide jusqu’à ce qu’elle s’arrête. » 

A Burundi refugee in Nyarugusu refugee camp, Tanzania. Irakunda, qui a dû partir de chez elle en septembre, devant la tente de sa famille, dans le camp de réfugiés de Nyarugusu, en Tanzanie. Photo : Mary Mndeme/Oxfam

Même quand il ne pleut pas, le bois de chauffe nécessaire pour cuire les aliments est difficile à trouver. Les ustensiles de cuisine, comme les casseroles, sont également rares et les rations tellement petites qu’elles ne suffisent pas à rassasier les membres de la famille. Malgré tout, Irakunda est reconnaissante de l’aide alimentaire qu’elle reçoit et s’estime heureuse que son fils soit en âge de digérer la nourriture distribuée.

« Si seulement j’avais plus d’argent pour acheter de la nourriture et améliorer notre alimentation. Nous ne sommes pas en très bonne santé dans la famille », dit-elle, avant d’expliquer qu’elle a perdu son vélo à la frontière tanzanienne. Sans moyen de transport, les possibilités de travail sont rares. Pour l’instant, Irakunda et sa famille essaient de se débrouiller avec l’aide alimentaire.

Comme Irakunda, Hakizimana, un étudiant de 19 ans, se trouve également confronté au problème de la faim. « Le plus difficile, c’est la nourriture. Il n’y en a pas assez, alors je marche pour me distraire de la faim. »

A teenage boy stands in Nduta refugee camp, Tanzania.Hakizimana est venu en Tanzanie dans l’espoir de retrouver sa famille qui a dû fuir pendant qu’il était à l’école. Photo d’Anita Kattakuzhy.

Quand il est rentré pour les vacances, Hakizimana a trouvé la maison vide : sa famille avait disparu. « Je suis arrivé en Tanzanie le 10 octobre 2015. Je suis venu chercher ma famille. ». Malheureusement, il s’est retrouvé seul à Nduta, sa mère étant à Nyarugusu. On lui a attribué une tente qu’il partage avec six autres hommes célibataires.

Pour les garçons et les hommes dans sa situation, « une autre difficulté dans le camp est que de nombreuses organisations humanitaires donnent surtout la priorité aux femmes. C’est bien pour ceux qui sont venus en famille, [mais] dans toutes les tentes masculines comme la mienne, ce n’est pas facile, car nous ne sommes pas prioritaires. »

Minani, qui vivait de l’agriculture chez lui, a eu du mal non seulement avec le manque de nourriture, mais aussi avec la promiscuité.

Après avoir assisté à l’assassinat de ses parents et de ses jeunes frères, il est venu chercher la sécurité en Tanzanie, avec sa femme et ses trois enfants.

Pendant trois mois, il a vécu séparé de sa femme dans un abri collectif surpeuplé, que la pluie perçait et qui restait ensuite inondé. Ils devaient alors surélever le sol avec du sable. Cette humidité aggravait le risque de maladies hydriques et respiratoires, menaçant la vie de centaines de personnes. 

A Burundian refugee family wait to move camps in TanzaniaMinami et sa famille se préparant à leur transfert vers un autre camp. Photo : Mary Mndeme/Oxfam

Minami et sa famille ont la chance de faire partie des personnes transférées au camp de Nduta, qui a rouvert plus tôt cette année afin de décongestionner les autres sites. Malgré le sous-financement des camps, qui met en danger la vie des réfugiés, Minami affirme préférer cette situation : « Nous sommes contents de nous être réfugiés ici. Nous vivons en paix. » Minami continue de prendre les choses du bon côté et parle de toutes les organisations qui lui ont permis d’avoir « suffisamment d’eau potable et des latrines. Nous avons aussi reçu des kits d’hygiène d’Oxfam, avec des seaux et du savon. »

Même si le sort de ces femmes et ces hommes est plus enviable ici qu’au Burundi, les besoins restent considérables et davantage de moyens doivent être mis en œuvre pour nous permettre de mieux aider les personnes en difficulté.