Sécheresse en Éthiopie : la population pastorale lutte pour ses moyens de subsistance ancestraux

Mako et son mari Mahamud, des agropasteurs de la région Somali, sont confrontés depuis deux ans à des conditions météorologiques extrêmes. Photo: Kieran Doherty/Oxfam
Mako et son mari Mahamud, des agropasteurs de la région Somali, sont confrontés depuis deux ans à des conditions météorologiques extrêmes. Photo: Kieran Doherty/Oxfam

Depuis des temps immémoriaux, les populations pastorales nomades de la région Somali, en Éthiopie, dépendent de la pluie pour nourrir leur bétail. Les pasteurs ont toujours déplacé leurs troupeaux pour trouver de l’eau et de nouveaux pâturages selon la période de l’année. Ils savent donc faire face à la sécheresse et sont habitués à perdre des bêtes. Mais ils parviennent en général à reconstituer le cheptel les années suivantes.

Les choses ont toutefois changé. Après deux années successives de températures particulièrement élevées et de précipitations faibles, voire inexistantes, les communautés pastorales souffrent désormais d’une pénurie chronique d’eau et ne sont plus en mesure de résister à de nouveaux chocs saisonniers. Les conséquences sont dramatiques : perte des moyens de subsistance, déplacements, insécurité alimentaire, malnutrition et risque accru de conflit. Certes, les pluies récentes ont un peu soulagé certaines communautés éprouvées par la sécheresse, mais d’autres n’en ont pas bénéficié ou ont subi des tempêtes tropicales, dont les fortes pluies ont provoqué des inondations dans les basses terres.

L’histoire de Mako et Mahamud

Mako et son mari Mahamud, des agropasteurs de la région Somali, sont directement confrontés à ces conditions météorologiques extrêmes. « Pendant la saison des pluies, nous vivions bien parce que nous pouvions vendre des animaux et nous avions beaucoup d’eau. Mais ce n’est plus le cas. Ces deux dernières années ont été vraiment mauvaises. Il n’y a pas eu de pluie du tout. L’an dernier, nous n’avons eu que quelques gouttes, alors nous avons perdu beaucoup de bétail », explique Mako.


Elle est très inquiète pour sa famille : « Nous avons faim. Nous ne mangeons que des pâtes, du riz et du maïs. Il nous arrive de ne pas savoir si nous allons pouvoir manger le lendemain. Quand mon mari s’absente, je vais demander de la nourriture au village voisin. Pendant la saison des pluies, nous abattons des bêtes, mais pas en ce moment. Nous ne pouvons pas nous le permettre. »


« Comme nous ne mangeons pas d’aliments assez nutritifs, nous avons beaucoup de problèmes de santé. Nous sommes fatigués, épuisés. Nous n’avons plus eu de lait ni de viande depuis longtemps », ajoute Mahamud.


Il part régulièrement avec son bétail pour trouver des pâturages et peut être absent pendant des mois. Il perd beaucoup d’animaux lors de ces déplacements. « Parfois, je ne mange pas quatre ou cinq jours de suite. Nous ne buvons pas beaucoup. Nous prenons quelques petites gorgées chaque jour pour humidifier la gorge. J’ai eu des moments difficiles impossibles à décrire avec des mots. » 

Lorsque Mahamud part chercher des pâturages verts pour leur bétail, Mako reste seule à la maison avec leur fille de 3 mois, car elle ne peut pas parcourir de si longues distances avec un bébé. Elle admet craindre pour sa sécurité et celle de son enfant : elle risque d’être agressée par des hommes, sans parler des hyènes dans la brousse.

« Nous ne connaissons pas d’autre vie. Si nous perdons tout notre bétail, nous devrons trouver une autre solution, mais nous ne savons pas laquelle. Comme je n’ai pas fait d’études, je devrai probablement devenir domestique en ville. Nous n’avons jamais pensé à l’agriculture ; on n’en a pas l’habitude ici », explique Mako.

L’adaptation au changement climatique : Oxfam en Éthiopie

L’Éthiopie subit depuis longtemps les durs effets d’événements météorologiques extrêmes qui impactent la vie et les moyens de subsistance ancestraux de la population. Seuls 15 % des pasteurs disposent d’une autre source de revenu. N’ayant ni les outils ni les savoir-faire nécessaires pour gagner leur vie autrement, ils sont souvent contraints de migrer à la recherche de nouveaux pâturages.

Oxfam aide des familles comme Mako et Mahamud à faire face à la sécheresse :

  • Nous leur fournissons des variétés agricoles plus résistantes à la sécheresse et aux nuisibles et dispensons des formations pour optimiser leur production. 
  • Nous construisons des points d’eau et des réseaux d’irrigation pour leur permettre de cultiver davantage et de produire du fourrage pour leur bétail. 
  • Nous leur fournissons des outils et des semences et les formons à la culture de fourrage.
  • Nous les aidons à vendre leur production et à en tirer un bénéfice pour qu’ils disposent d’une autre source de revenu, particulièrement en période de pénurie.

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