Conflit au Yémen : la famine menace des millions de personnes

Des enfants à l’entrée de leur tente, dans le camp pour personnes déplacées de Huth, dans le gouvernorat d’Amran. Parmi les 2 millions de déplacés au Yémen, 55 % sont des enfants, dont beaucoup souffrent de malnutrition sévère. Photo : M.Al-Mekhlafi/Oxfam
Des enfants à l’entrée de leur tente, dans le camp pour personnes déplacées de Huth, dans le gouvernorat d’Amran. Parmi les 2 millions de déplacés au Yémen, 55 % sont des enfants, dont beaucoup souffrent de malnutrition sévère. Photo : M.Al-Mekhlafi/Oxfam

Deux années de conflit violent au Yémen ont conduit à ce que l’ONU qualifie de plus grave crise humanitaire au monde. Les frappes aériennes et les combats ont chassé plus de 3 millions de personnes de leurs foyers. 60 % de la population, soit 17 millions de personnes, souffrent d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Le spectre de la famine plane désormais sur près de 7 millions de personnes.

Un pays anéanti

Les hostilités, qui se sont intensifiées dans l’ouest et le centre du Yémen, continuent de provoquer le déplacement de dizaines de milliers de personnes, dont beaucoup vivent désormais dans des conditions épouvantables.

Les services de base comme la santé ou l’approvisionnement en eau s’effondrent. L’agriculture et la production alimentaire, dont vit 60 % de la population, ont été ravagées par le conflit. Les importations alimentaires sont en outre gravement perturbées, et des biens de première nécessité dont la population a si cruellement besoin ne peuvent pas entrer dans le pays.
 

Sabeer, 12 ans, et ses frères vivent avec leurs parents dans une petite hutte dans le village d’Al-Awamer, dans le gouvernorat de Hajjah.

Sabeer, 12 ans, et ses frères vivent avec leurs parents dans une petite hutte dans le village d’Al-Awamer, dans le gouvernorat de Hajjah. Faute de place, les enfants doivent dormir dehors.

Lorsque le conflit s’est aggravé, il y a deux ans, la famille a fui la guerre. Ils ont perdu leur maison. Les deux tiers de leurs 110 moutons sont morts et ils ont dû vendre la plupart des bêtes qui leur restaient. Le père de Sabeer, Rabii Mohammed, n’a pas de revenus réguliers. De temps en temps, il gagne deux ou trois dollars en vendant du bois ou en aidant des agriculteurs. « Je ne peux même pas donner un morceau de pain à mes enfants. Je me sens impuissant. De la nourriture et des médicaments, voilà tout ce dont je rêve », ajoute-t-il.

Rabii a reçu 24 500 riyals (98 dollars) dans le cadre du programme de transfert monétaire inconditionnel qu’Oxfam mène dans le gouvernorat de Hajjah. Cela lui permet, au moins pour l’instant, d’acheter de la nourriture pour toute sa famille. Pour beaucoup de familles déplacées, c’est le seul soutien reçu depuis deux ans.

Photo : Moayed Al Shaibani/Oxfam
 

Déplacée par la guerre, Nemah, 42 ans, vit à présent avec son mari et leurs cinq enfants au village de Bir Alhasee, dans le district d’Abs.

Déplacée par la guerre, Nemah, 42 ans, vit à présent avec son mari et leurs cinq enfants au village de Bir Alhasee, dans le district d’Abs.

La petite tente qu’ils ont construite eux-mêmes les protège à peine du froid et des intempéries.

Avant la guerre, le mari de Nemah travaillait sur le marché de Harad et gagnait bien sa vie. Il reste à présent dans la tente tandis que Nemah va mendier dans les rues du village et des villages voisins. C’est devenu leur principal moyen de se nourrir.

« Lorsque je sors mendier et que personne ne me donne quoi que ce soit, je me rappelle que la situation est en fait difficile pour tout le monde. Mais quand je réalise que je vais rentrer sans rien pour les enfants, un sentiment d’impuissance m’envahit », explique Nemah.

Photo : Oxfam

Ni nourriture ni médicaments

Même lorsque les denrées alimentaires parviennent aux magasins et sur les étals des marchés, trop de Yéménites n’ont pas les moyens d’acheter de quoi survivre. Celles et ceux qui ont été contraints de fuir ont tout perdu. Beaucoup ne peuvent plus gagner leur vie, tandis que les prix ont fortement augmenté.

Nombre de familles n’ont plus d’autre solution que de réduire les portions de nourriture ou de donner le peu qu’elles ont à manger à leurs enfants. Sans source de revenu, elles ne peuvent acheter ni nourriture ni médicaments. Pas même du pain. Faute de pouvoir s’alimenter correctement, les Yéménites sont de plus en plus confrontés à la malnutrition, qui touche environ 3,3 millions d’enfants, de femmes enceintes et de mères allaitantes.
Yahya Mutahhar, 45 ans, est un militaire à la retraite qui travaillait comme ouvrier agricole dans des fermes, au nord du pays, avant l’escalade du conflit.

Yahya Mutahhar, 45 ans, est un militaire à la retraite qui travaillait comme ouvrier agricole dans des fermes, au nord du pays, avant l’escalade du conflit. Quand les prix des denrées alimentaires ont augmenté, sa pension est devenue insuffisante pour nourrir ses 12 enfants, puis n’a plus été versée. Il a donc dû trouver une autre source de revenu.

« Mon fils cadet est malade et très faible. À l’hôpital, ils m’ont dit qu’il souffre de malnutrition. Son état est instable et il doit manger une nourriture saine pour se rétablir. J’ai peur que mon petit ne meure. Si cela devait arriver, je me le reprocherais, car je n’aurais pas pu lui acheter assez à manger. »

Avant de bénéficier du programme de transfert monétaire d’Oxfam, dans le cadre duquel il reçoit 24 500 riyals (98 dollars) trois fois par mois, Yahya envisageait même de vendre un rein pour subvenir aux besoins de sa famille. Tout ce qu’il souhaite à présent, c’est que la guerre cesse et que le prix de la nourriture diminue pour permettre aux populations démunies de survivre.

Photo : Moayed Al-Shaibani/Oxfam
 

Parmi les 2 millions de déplacés au Yémen, 55% sont des enfants.

Ali (prénom modifié pour préserver l’anonymat), 19 mois, est né dans cette tente. Ses parents ont dû fuir les violences et ils vivent désormais dans le camp pour personnes déplacées de Huth, dans le gouvernorat d’Amran. Parmi les 2 millions de déplacés au Yémen, 55 % sont des enfants, dont beaucoup souffrent de malnutrition sévère.

Présente dans le camp depuis la fin 2015, Oxfam apporte une aide humanitaire aux personnes déplacées sous forme d’eau potable et d’autres biens de première nécessité.

Dans les gouvernorats d’Al-Hudaydah, d’Amran, de Hajjah et de Taiz, nous distribuons également de l’argent à plus de 205 000 personnes, afin de permettre aux familles de se procurer de la nourriture sur les marchés locaux, ou nous fournissons du bétail pour leur apporter une possible source de revenu. 35 000 d’entre elles ont pris part à nos programmes de travail rémunéré en espèces.

Photo: Mohammed Al-Mekhlafi/Oxfam

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