De la Syrie à l’Italie : Fatem et Khalil racontent leur exil

« Jamais je n’aurais imaginé que nous finirions par nous installer en Italie. Je pensais que la guerre en Syrie durerait deux ou trois ans, mais la situation ne fait qu’empirer », explique Khalil. Photo : Pablo Tosco/Oxfam
« Jamais je n’aurais imaginé que nous finirions par nous installer en Italie. Je pensais que la guerre en Syrie durerait deux ou trois ans, mais la situation ne fait qu’empirer », explique Khalil. Photo : Pablo Tosco/Oxfam

La plupart des réfugiés syriens arrivent en Europe de manière illégale et par des routes dangereuses. La guerre dans leur pays et la forteresse Europe ne leur laissent pas le choix. Voici une histoire différente, qui montre que d’autres façons d’offrir un refuge aux personnes fuyant la guerre sont possibles.

La Syrie, où tout a commencé

Fatem est une jeune syrienne frêle et pleine de vie. Elle se souvient parfaitement de la peur qui l’a envahie quand la guerre a éclaté à Raqqa, sa ville natale. Elle en tremble encore rien que d’y penser. « Nous vivions au cœur du conflit. Nous nous couchions tous les soirs en pensant qu’il pourrait ne pas y avoir de lendemain », raconte-t-elle.

En raison du conflit, son mari Khalil ne pouvait aller travailler et l’argent manquait. Fatem et Khalil attendaient par ailleurs leur premier enfant mais ne pouvaient consulter un médecin. Ils manquaient d'eau et de provisions. Lorsqu'Ahmed est né, ils ne pouvaient pas non plus acheter de lait car il n'y en avait pas. C'a été le coup de grâce. « C’est à ce moment-là que nous nous sommes rendu compte que nous ne pouvions plus rester en Syrie », confie Khalil. Il décida donc de se rendre au Liban pour chercher un travail et un logement puis y faire venir sa famille.

Khalil et Fatem ont fui Raqqa, leur ville natale, en 2013, avec leur fils Mohamed. Le bien le plus précieux qu'ils ont réussi à emporter était leur album photo. Photo: Pablo Tosco/Oxfam

Le seul bien précieux qu’il emporta avec lui fut un album photo, en souvenir de ses jours heureux en Syrie : son mariage, ses parents, la belle maison qu’ils habitaient, les terres où il travaillait.

Première étape : le Liban

À son arrivée au Liban, Khalil dut dormir dans la rue. Ce fut comme un présage l’avertissant que rien ne serait facile dans ce pays.

Pendant quatre ans, la famille peina à joindre les deux bouts. Au Liban, petit pays recensant le plus grand nombre de réfugiés par habitant au monde, 70 % des réfugiés syriens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Tantôt électricien, plombier ou peintre, Khalil dut malgré tout contracter plusieurs prêts afin de nourrir sa famille, qui s’est agrandie il y a un an à la naissance de Mohamed.

La famille vivait dans une sombre et minuscule chambre d’un village de Mount Lebanon, à une heure de Beyrouth. « Ici le loyer est moins élevé que dans la capitale. Au départ, le sol était en terre et le toit fuyait. Le propriétaire refusait d’effectuer les réparations », explique Khalil. Leur cuisine se situait à l’extérieur, où il était difficile de cuisiner, en particulier en hiver, dans le froid et la neige. Les enfants tombaient souvent malades et Fatem développa des allergies, conduisant à une toux persistante et à des crises de vomissements.

La promesse d’une vie nouvelle

Au Liban, la famille vivait dans une sombre et minuscule chambre d’un village de Mount Lebanon, à une heure de Beyrouth. Photo: Pablo Tosco/Oxfam

Un voisin expliqua à Khalil qu’il était possible de se rendre en Italie avec un visa humanitaire, une manière sûre et légale de rejoindre l’Europe.

Après de nombreuses recherches, la famille a rencontré les organisations italiennes chargées de délivrer des visas aux réfugiés syriens dans le cadre de couloirs humanitaires. Cette initiative vise à prévenir les décès en mer et le trafic d’êtres humains. Dans le cadre de ce projet, le gouvernement italien a convenu de recevoir 1 000 réfugiés en deux ans.

Fatem était d’abord sceptique, elle pensait que sa famille n’obtiendrait jamais de visa. Toutefois, après plusieurs entretiens, la bonne nouvelle arriva : ils avaient été sélectionnés. Les réfugiés syriens doivent répondre à une série de critères afin d’obtenir un visa humanitaire. Un des critères essentiels est de vivre dans une situation vulnérable, comme par exemple les familles avec des enfants en bas âge, les mères célibataires, les personnes âgées ou malades.

Les adieux au Liban

Fatem attendant à l'aéroport de Beyrouth. Photo: Pablo Tosco/Oxfam

La nuit avant de prendre l’avion, Khalil et Fatem ne purent dormir. Ils laissaient derrière eux toutes les personnes avec qui ils avaient partagé les quatre dernières années de leur vie : la famille de la cousine qui les avait accueillis chez elle les premiers mois et avait partagé avec eux le peu dont elle disposait, et leurs voisins, Syriens pour la plupart, qui comme eux avaient fui au Liban.

Mais avant tout, ils s’éloignaient encore un peu plus de la Syrie, si chère à leur cœur. Leur exil les entrainerait loin de leurs proches, de leur culture, de leur terre.

La douche froide

Le voyage a duré 24 heures, débutant à 4 h du matin de Beyrouth pour se terminer à Cecina, une ville de Toscane. Photo: Pablo Tosco/Oxfam

Le voyage dura 24 heures, débutant à 4 h du matin de Beyrouth pour se terminer à Cecina, une ville de Toscane. Lors du voyage en car de Rome à leur nouveau domicile, ils découvrirent qu’ils devraient partager un appartement avec une autre famille de réfugiés syriens. Cette nouvelle les laissa perplexes et tracassés.

Ils furent néanmoins rapidement rassurés par le personnel d’Oxfam qui leur confia qu’il s’agissait d’une mesure temporaire. Bien qu’à terme, ils disposeraient certainement de leur propre foyer, on leur expliqua clairement qu’il était compliqué, en tant que réfugiés, de louer un appartement.

Dernier arrêt : l’Italie

Une fois en Toscane, deux assistantes sociales italiennes d’Oxfam les conduisirent à leur nouveau domicile temporaire : un appartement lumineux avec jardin, un grand salon avec une cuisine équipée, trois chambres, un chauffage central, une machine à laver et un téléviseur.

Ils apprirent par une interprète qu’ils recevraient de l’argent tous les mois pendant six mois pour s’approvisionner en nourriture, médicaments et autres biens essentiels ; qu’ils disposeraient également du WiFi dans leur appartement et assisteraient à des cours d’italien à domicile pour ne pas avoir à quitter leurs enfants. Ils bénéficieraient également d’aide pour demander asile et chercher un emploi. Une fois les six premiers mois passés, on estimerait que la famille serait en mesure de subvenir à ses besoins.

Une fois en Toscane, deux assistantes sociales italiennes d’Oxfam les ont conduit à leur nouveau domicile temporaire.  Photo: Pablo Tosco/Oxfam

« Je n’aurais jamais imaginé que nous finirions par nous installer en Italie. Je pensais que la guerre en Syrie durerait deux ou trois ans, mais la situation ne fait qu’empirer, explique Khalil, alors qu’il allume son téléviseur sur une chaine arabe pour suivre l’actualité en Syrie. J’espère que les Européens ne pensent pas que nous sommes des terroristes ou des extrémistes. Nous sommes ici car nous avons fui le conflit. » Et Fatima d’ajouter : « Nous voulons un avenir pour nos enfants. C’est pourquoi nous sommes prêts à apprendre une nouvelle langue et à nous adapter à une nouvelle culture. »

« Nous retournerons bien sûr en Syrie une fois la guerre terminée, confie Fatem, sans l’ombre d’un doute. Mais si trop de temps s’écoule et que nos enfants se sentent bien ici, nous n’y retournerons que pour rendre visite à nos proches. La priorité reste la stabilité de notre famille. »

Le projet de « couloirs humanitaires »

Oxfam participe à un programme unique visant à aider la population à trouver refuge en Europe sans mettre sa vie en péril. Notre objectif pour 2017 est de soutenir 500 personnes de différentes régions actuellement en transit au Liban, au Maroc et en Éthiopie.

Toutefois, il reste des milliers de réfugiés bloqués au Liban et ailleurs, en quête d’une vie meilleure. Aidez-les en soutenant Oxfam.