Face au virus Ebola, les écoles sont-elles prêtes à rouvrir au Libéria ?

Du personnel Oxfam de soutien communautaire apprend aux enfants de West Point, à Monrovia, l’importance de se laver les mains pour prévenir la propagation d’Ebola. Photo : Abbie Trayler-Smith/Oxfam
Du personnel Oxfam de soutien communautaire apprend aux enfants de West Point, à Monrovia, l’importance de se laver les mains pour prévenir la propagation d’Ebola. Photo : Abbie Trayler-Smith/Oxfam

Au Liberia, les établissements scolaires sont fermés depuis août 2014. Certains ont rouvert le 16 février 2015, et la majorité devaient rouvrir le 2 mars, date à laquelle Oxfam et la présidente du Liberia ont lancé un appel aux dons de 60,5 millions de dollars pour moderniser les écoles du pays, afin d’aider à empêcher toute nouvelle épidémie d’Ebola à l’avenir. 

Plus de la moitié des écoles n’ont pas d’approvisionnement en eau, et 43 % n’ont pas de toilettes basiques. Dans les établissements où il y en a, une toilette est utilisée en moyenne par plus de cent élèves. Selon une nouvelle étude d’Oxfam, mettre en place des installations d’eau et d’assainissement basiques dans les 3 500 écoles libériennes qui en ont besoin coûterait environ 60 millions de dollars sur les cinq prochaines années.

Depuis la fin août 2014, au sein de la communauté de New Kru Town, des spécialistes en santé publique d’Oxfam et des bénévoles communautaires travaillent à informer les populations du mode de transmission du virus Ebola, afin qu’elles puissent en identifier les symptômes et se faire soigner rapidement. Ce district a été un foyer important de la maladie, mais on n’y dénombre plus qu’une poignée de cas. À ce jour, Oxfam a pu toucher environ 346 000 personnes grâce à son travail à Monrovia, dans le comté de Montserrado.

Jacob P. Myers, enseignant à Logan Town, un bidonville de Monrovia

« Ebola a eu des répercussions dans ma vie à plusieurs titres. Enseignant dans un établissement public, je ne gagne pas grand-chose. Quand Ebola est arrivé, les écoles ont fermé ; je n’ai donc plus eu la possibilité de gagner de l’argent pour vivre.

« Je ne suis pas totalement rassuré ni à l’aise à l’idée d’envoyer mes enfants à l’école. Mais en tant qu’enseignant, je pense qu’ils doivent y aller pour faire passer le bon message. Beaucoup d’établissements ne sont pas équipés de latrines dignes de ce nom, ni de pompes à eau pour se laver les mains. Je pense qu’il faut de bonnes latrines et une pompe à eau avant que les écoles ne rouvrent. Il n’y a pas non plus de système d’égouts. »

Tetee, survivante d’Ebola, New Kru Town

« J’ai attrapé le virus et je suis allée dans une unité de traitement d’Ebola. Quand j’ai été guérie et que je suis rentrée à la maison, toutes mes affaires avaient été brûlées par mon propriétaire. C’est désormais la procédure. Mais mon propriétaire m’a alors mise à la porte et j’ai dû retourner vivre avec ma famille.

« Ce n’est pas facile de revenir à la vie normale. J’aimerais retourner à l’école. Je suis étudiante en 12e année et j’ai une fille de 10 ans en 1ère. Mais je n’ai pas d’argent pour nous inscrire. Je dois 200 dollars pour le semestre et, la période d’inscription est maintenant ouverte. Je n’ai pas de travail ni de mari. Comment vais-je trouver l’argent ? »

Les études de Tetee, comme de beaucoup d’autres au Liberia, ont été interrompues par la guerre civile. 

O’Neil Nimley, directeur adjoint d'une école privée à New Kru Town

« Je ne me sens pas prêt à rouvrir l’école. Le ministère de l’Éducation a annoncé que les établissements scolaires doivent ouvrir, mais seulement si nous avons le matériel de prévention d’Ebola. Nous ne l’avons toujours pas reçu du gouvernement. Si nous ne le recevons pas, nous ne pourrons pas ouvrir.

« C’est un problème, car les enfants ont pris beaucoup de retard sur le programme. Mais nous ne pouvons pas ouvrir l’école si elle n’est pas sûre. Sans le matériel (des seaux pour se laver les mains et du chlore, notamment) nous ne pourrons pas protéger les élèves.

« L’école ne dispose que d’une pompe à eau qui est à sec en ce moment, car c’est la saison sèche. Pour tirer la chasse des toilettes et se laver les mains, il faut utiliser l’eau courante, qui coûte très cher. »