L’impossible retour : les réfugiés entre espoir et incertitude

Fatima, 47 ans, et sa fille Maisa, d’origine syrienne, vivaient au Pakistan. “La vie dans le camp est très dure. Les journées n’en finissent pas. Nous avons le sentiment de ne pas avoir d’avenir et nous ne savons pas combien de temps cela va durer.”
Fatima, 47 ans, et sa fille Maisa, d’origine syrienne, vivaient au Pakistan. “La vie dans le camp est très dure. Les journées n’en finissent pas. Nous avons le sentiment de ne pas avoir d’avenir et nous ne savons pas combien de temps cela va durer.”

Depuis début 2016, environ 1 700 personnes en moyenne débarquent sur les côtes grecques chaque jour. Faute de voies légales et sûres, elles remettent leur vie entre les mains de passeurs et risquent tout pour traverser mers et frontières.

A la suite de l’entrée en vigueur de l’accord UE-Turquie le 20 mars 2016, 53 000 personnes se sont retrouvées bloquées en Grèce continentale et sur les îles grecques, dans des centres de rétention, des bâtiments abandonnés et des camps de fortune, où les mauvaises conditions de vie, ainsi que le manque de nourriture, de soins médicaux et d’informations aggravent l’angoisse, la dépression et l’incertitude.

Sur l’île de Lesbos et dans la région de l’Épire, située dans le nord-ouest du pays, Oxfam porte assistance à plus de 3 000 personnes dans six camps : approvisionnement en eau potable, accès à l’assainissement, construction d’abris, distribution de nourriture et d’articles non alimentaires, tels que kits d’hygiène, bâches et couvertures.

Fayez, 43 ans, et sa femme Nour, 28 ans, viennent de Syrie et séjournent dans le camp de Kara Tepe avec leurs quatre enfants.Fayez, 43 ans, et sa femme Nour, 28 ans, viennent de Syrie et séjournent dans le camp de Kara Tepe avec leurs quatre enfants. Ils ont quitté la Syrie à cause du conflit. "Le jour de notre départ, c’était l’enfer, se souvient Fayez. Nous n’avons pas eu le temps de faire nos bagages, nous n’avons emporté que les vêtements que nous portions".

"Le voyage a été très difficile. Quand nous sommes arrivés à Alep, une violente bataille a éclaté devant nous. Nous avons dû attendre sur la route. C’était terrifiant ; les enfants avaient tellement peur. Nous avons dû traverser une longue vallée à découvert, dans un grand vacarme. Nous étions si inquiets pour nos enfants".

"Nous n’aurions jamais imaginé nous retrouver dans une telle situation. Tout ce que nous espérons pour l’avenir, c’est vivre dans un endroit sûr. Un pays où nos enfants puissent aller à l’école et rester sains et saufs. Il nous faut espérer que les choses n’empirent pas, mais qu’elles s’améliorent."

Environ 800 personnes vivent dans le camp de Kara Tepe, dans des tentes collectives fournies par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).Le camp de Kara Tepe se trouve dans le sud-est de l’île de Lesbos.

Environ 800 personnes y vivent dans des tentes collectives fournies par le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Dans ce camp, Oxfam fournit des repas deux fois par jour, midi et soir. À chaque repas, cinq équipes de bénévoles vont de tente en tente pour distribuer la nourriture.

Des améliorations sont nécessaires dans beaucoup d’autres camps pour assurer la sécurité et le bien-être des personnes qui y vivent. Dans le camp de Filippiada, situé dans la région de l’Épire, où 500 personnes vivent dans des tentes du HCR, Oxfam a fourni des toilettes, des douches et des réservoirs permettant d’évacuer les eaux usées, ainsi que des éviers alimentés en eau potable.

Dans le camp de Kara Tepe, Oxfam fournit des repas deux fois par jour, midi et soir.Dans le camp de Katsikas, 1 000 personnes vivent dans des conditions déplorables, sous des tentes de l’armée qui ne les protègent pas des intempéries. Oxfam procédera au remplacement de ces tentes par des abris familiaux fournis par le HCR et installera des planchers de bois pour une meilleure protection contre les intempéries et les inondations.

En outre, nous organisons régulièrement des groupes de discussion afin d’évaluer les besoins des femmes et des hommes dans les différents camps. Cela permet d’identifier les personnes vulnérables pour leur offrir un appui supplémentaire en les orientant vers les services compétents et en les conduisant à des centres médicaux.

Faramaz, 21 ans, originaire d’Afghanistan, nous a montré une photo de ses deux frères et de son neveu, qui se trouvent en Allemagne.Faramaz, 21 ans, originaire d’Afghanistan, nous a montré une photo de ses deux frères et de son neveu, qui se trouvent en Allemagne. Sa famille avait emménagé en Iran il y a plusieurs années. Il vit actuellement dans le camp de Kara Tepe, avec sa mère, son père et son frère cadet.

Faramaz et sa famille ont quitté l’Iran parce qu’ils n’y avaient pas de nationalité reconnue et subissaient une marginalisation constante. "Nous avons vendu tout ce que nous possédions et nous avons payé des passeurs pour qu’ils nous mènent en Grèce. Nous avons dû marcher deux jours durant dans les montagnes et la neige pour parvenir en Turquie, puis 20 autres jours jusqu’à la côte. Dans notre groupe, il y a avait trois autres familles, toutes avec des enfants. Cette marche incessante a vraiment été très dure pour eux".

"Dans le camp, j’essaie de m’occuper et de donner des coups de main. Tout le monde en fait autant ici. Mon frère aîné est coiffeur et m’a appris, alors je coupe les cheveux bénévolement trois jours par semaine. Pour l’avenir, mon espoir est que nous puissions aller en Allemagne et reformer la famille que nous étions."

Mastura, 45 ans, et ses enfants ont dû partir de chez eux, en Afghanistan, après avoir reçu des menaces et que son mari a disparu.Mastura, 45 ans, et ses enfants ont dû partir de chez eux, en Afghanistan, après avoir reçu des menaces et que son mari a disparu. "J’avais tellement peur que je n’ai dit au revoir à personne. J’ai juste vendu tout ce que je possédais, y compris mon commerce, et je suis partie avec les enfants en courant."

"Nous n’avons pas pu emporter grand-chose, à part quelques vêtements. Les passeurs nous ont emmenés avec tout un groupe et nous avons dû marcher pendant près de 40 jours, d’abord pour traverser l’Iran, puis pour atteindre la côte turque. Arrivés là, nous sommes restés sans abri ni nourriture, et quasiment pas d’eau, pendant six jours. La sixième nuit, nous avons enfin pu embarquer dans un bateau. Mes jeunes fils étaient terrifiés."

"Avant, les enfants allaient à l’école. Mais maintenant, ils ne peuvent plus recevoir aucune éducation. Jamais je n’aurais pensé me retrouver dans cette situation. Pour l’avenir, je nourris de l’espoir non pas pour moi, mais pour mes enfants. Je veux qu’ils soient en sécurité et qu’ils vivent bien."

Photos: Aubrey Wade/Oxfam