Népal : construire des abris pour les femmes

Sangita Thami, apprend à construire un abri de transition à Chokati (district de Sindhupalchok). Sangita et son équipe ont déjà construit 26 abris de ce genre. Elle se dit ravie d’avoir acquis des compétences essentielles. Photo : Catherine Mahony/Oxfam
Sangita Thami, apprend à construire un abri de transition à Chokati (district de Sindhupalchok). Sangita et son équipe ont déjà construit 26 abris de ce genre. Elle se dit ravie d’avoir acquis des compétences essentielles. Photo : Catherine Mahony/Oxfam

Trois mois après le séisme qui a frappé le Népal le 25 avril 2015, des milliers de personnes vivent encore dans des abris temporaires faits de bâches, de bambou et de tôle. Vivre dans des abris collectifs est pénible, en particulier pour les femmes, qui s’y trouvent exposées au risque d’agression sexuelle et rencontrent des difficultés pour maintenir une bonne hygiène corporelle.

Le séisme d’avril et ses répliques ont complètement détruit ou partiellement endommagé 784 484 habitations privées, contraignant de nombreuses familles à vivre à l’extérieur. Dans une telle situation de crise, la promiscuité pose plus particulièrement problème aux femmes, compte tenu des conditions d’insécurité qui les exposent à la traite et à l’exploitation. C’est encore plus difficile pour les femmes seules, qu’elles soient célibataires, veuves ou divorcées.

Au mois de juin, en coopération avec Care, Oxfam a mené une rapide évaluation de la situation des femmes dans les districts de Gorkha et de Dhading, ainsi qu’une évaluation multisectorielle des besoins dans ces deux districts, plus ceux de Nuwakot et de Sindhupalchok. Il en est ressorti que les femmes craignent de se faire agresser tant par les hommes de leur communauté que par des étrangers. Les femmes seules se sont réfugiées chez leurs voisins ou ont demandé à des parents de rester auprès d’elles dans les tentes. Face à la promiscuité et à l’insécurité, les femmes s’inquiètent constamment du risque d’agression auquel sont exposées leurs filles, en particulier la nuit.

« Ce tremblement de terre est une malédiction pour une mère seule comme moi, témoigne Ratte Maya Chhumi Tamang, 34 ans, de Chhampi (district de Lalitpur). Mon mari est mort il y a quelques années et j’ai trois jeunes enfants. La vie était déjà dure. Mais après la séisme, nous nous sommes retrouvés sans toit. Dans ma famille, il n’y a pas d’homme qui puisse m’aider. J’ai réussi à nous improviser un abri avec deux vieilles tôles ondulées. »

Sans abri ni intimité

Dans le district de Nuwakot, où 89 % des ménages ont des habitations qui ont été endommagées et 44 % ont tout perdu, les femmes témoignent des mêmes difficultés. « Notre maison a été endommagée par le séisme et nous vivons dans cet abri depuis trois mois, raconte Radhika Majhi, montrant une structure constituée de nattes de bambou, de bâches et de tôles. Nous partageons une toilette avec les autres habitants du village. Pour nous, les femmes, c’est encore plus difficile au moment de nos règles. » Dans certaines communautés du Népal, les femmes doivent s’isoler pendant leurs règles. Elle ne peuvent pas cuisiner, toucher un homme ni prier. Poornima Purkoti, 22 ans, de Chhampi (district du Lalitpur), ajoute : « Nous devons aller vivre dans une hutte séparée, car les autres femmes ne nous permettent pas de rester avec elles pendant qu’elles font leurs prières. Pouvez-vous imaginer ce que c’est ? »

 

Radhika Majhi, 25 ans, se sert d’un seau fourni par Oxfam, à Khadgabhanjyang (district de Nuwakot). Avec son mari, ses beaux-parents et son fils de cinq ans, elle vit à présent dans un abri temporaire fait de tôle et de nattes de bambou. Lors du séisme du 25 avril, ils ont perdu leur maison, leur étable et leurs toilettes. Oxfam lui a fourni des outils agricoles et un kit d’hygiène. Crédit photo : Roshani Kapali.

Il n’est pas facile de maintenir une bonne hygiène corporelle quand on manque d’eau et vit dans la promiscuité. Pour sensibiliser à l’importance de l’hygiène féminine, à la prévention des maladies et aux problèmes sanitaires, Oxfam a lancé un programme radio à Sindhupalchok, un district voisin de Nuwakot. Pour que les femmes puissent écouter ces informations relatives à l’hygiène, des postes radio leur ont été fournis. Jusqu’à présent, 200 radios ont été distribuées.

Lors de la première phase de son intervention, Oxfam a distribué des kits d’hygiène contenant notamment des serviettes hygiéniques, des vêtements et des pastilles de chlore, a fourni des kits de construction d’abris d’urgence avec des bâches et des cordes, a construit des latrines équipées de robinets où se laver les mains, et a distribué des colis agricoles composés de semences, de bons d’achat de semences, de nourriture pour animaux et d’outils agricoles. Avec l’arrivée de la mousson, Oxfam a concentré ses efforts sur l’amélioration des conditions de logement et la construction d’abris de transition.

Améliorer les abris

Laxmi Tamang, à Sindhupalchok, a désormais emménagé dans l’abri de transition qu’Oxfam et son partenaire, l’association Gramin Mahila Sirjansheel Pariwar, ont construit pour elle et ses deux petits garçons. « Mon mari est mort il y a deux ans, frappé par la foudre. Je n’espérais pas que quelqu’un me construise une maison, nous confie-t-elle. Après avoir vécu avec des amis dans un abri collectif, Laxmi a finalement pu emménager avec ses deux enfants dans une nouvelle habitation. À la mi-juillet, Oxfam avait fourni plus de 32 000 kits d’abris d’urgence et plus de 1 500 kits pour la construction d’abris de transition.

L’égalité hommes-femmes est un souci primordial dans toutes les activités d’Oxfam, y compris dans ses opérations humanitaires d’urgence. Nous avons construit des sanitaires avec une partie réservée aux femmes. Nous avons également monté des équipes féminines d’agentes sanitaires bénévoles et d’animatrices sociales pour aller à la rencontre des femmes et mieux comprendre leurs besoins – une démarche indispensable pour répondre à la demande. « Outre la construction d’abris, nous avons dispensé des services d’accompagnement pour les aider à surmonter le traumatisme du séisme », souligne Bimba Bhattarai, coordinatrice des partenariats Genre chez Oxfam.

Oxfam s’est associée à l’ONG Women for Human Rights (WHR) pour construire des centres pour femmes dans six districts touchés par le séisme. Ces centres dispensent des services d’accompagnement et d’orientation médicale et fournissent des kits répondant aux besoins des femmes. « Nous aidons les femmes qui ont perdu leur carte de citoyenneté à obtenir une carte de sinistré, en intervenant auprès des administrations publiques », explique Lily Thapa, directrice générale de WHR.

Les femmes et la reconstruction

Malgré les difficultés rencontrées au lendemain du séisme, des femmes ont acquis de nouvelles compétences pour participer aux travaux de reconstruction qui commencent dans les différents districts. Sangita Thami, 18 ans, de Chokati (district de Sindhupalchok) a déjà aidé à construire 26 abris de transition.

« D’une part, cela me permet de faire quelque chose de concret pour les personnes qui ont été sinistrées par le séisme dans ma région. D’autre part, c’est une compétence remarquable, car je suis à présent capable de construire une maison, si nécessaire. » Au Népal, les travaux de construction sont en général l’affaire des hommes. En partenariat avec l’association Gramin Mahila Sirjansheel Pariwar, Oxfam forme des femmes à la construction d’abris de transition. Environ vingt femmes ont ainsi été formées rien que dans le district de Sindhupalchok.

Sangita et son équipe ont pu construire 26 abris pour d’autres, alors que les travaux n’ont pas encore commencé dans sa propre maison, partiellement endommagée. Mais elle compte bien mettre à profit ses nouvelles compétences pour reconstruire sa maison.