L’étau de la faim se resserre sous la pression du changement climatique, du renchérissement des produits de base et de l’exploitation foncière

L’augmentation des prix alimentaires, le changement climatique et des modifications considérables dans les régimes de propriété foncière aggravent la réalité de la faim et laissent aux personnes en situation d’insécurité alimentaire le sentiment d’être « des citoyens au rabais ». 

C’est le constat accablant que fait Oxfam à la lumière de son expérience terrain dans plus de 90 pays et du rapport « Hidden Hunger in South Africa; The Faces of Hunger and Malnutrition in a Food-Secure Nation », que le bureau d’Oxfam en Afrique du Sud avait commandé dans le but d’établir un état des lieux de la faim dans le pays. 

Chaque jour, une personne sur neuf se couche le ventre vide

En 1996, le Sommet mondial de l’alimentation avait fixé l’objectif de réduire à 420 millions le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Nous en sommes loin ; chaque jour, 805 millions de personnes connaissent la faim en Afrique, en Asie et en Amérique latine. 

À l’instar des autres pays dont on considère que la population vit dans la sécurité alimentaire, l’Afrique du Sud produit assez de calories pour assurer une alimentation suffisante à l’ensemble de ses 54 millions de citoyens. Cependant, chaque mois, jusqu’à un quart des ménages sud-africains n’ont pas les moyens de se nourrir correctement. 

Les personnes en situation de pauvreté interrogées dans le cadre de cette étude consacrent 50 % de leurs revenus à l’alimentation, ce qui ne leur laisse plus grand-chose pour le logement, l’éducation ou les soins médicaux. 

Les prix des produits alimentaires de base n’ont pas cessé d’augmenter au cours de l’année écoulée et les prix de l’électricité ont plus que triplé depuis 2010. Des personnes ont dès lors dû choisir entre l’alimentation et l’énergie. Pour s’en sortir, elles ont sauté des repas, réduit les portions ou opté pour des aliments de moins bonne qualité.

« Dans un monde d’abondance, une personne sur neuf, soit 805 millions de personnes, se couche le ventre vide, déplore Winnie Byanyima, directrice générale d’Oxfam International. Le changement climatique fait grimper les prix tout en réduisant la disponibilité des denrées alimentaires. Ce sont les femmes et les communautés agricoles défavorisées qui en souffrent le plus. »

Changement climatique et manque d'investissement dans l'agriculture

À l’échelle mondiale, les phénomènes météorologiques extrêmes et le dérèglement des périodes de végétation deviennent la nouvelle norme et sèment le chaos dans le secteur agricole, multipliant les pertes de récoltes. Si rien n’est fait pour enrayer le changement climatique, 50 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir de la faim d’ici à 2050.

L’investissement insuffisant dans l’agriculture, dans nombre de sociétés agraires, accroît la vulnérabilité de millions de personnes face aux sécheresses, aux chocs de prix, à la déforestation et aux accaparements de terres. De profondes inégalités existent en matière d’accès au foncier et à l’eau. En outre, la diminution de la taille, déjà petite, des parcelles signifient que beaucoup ne peuvent plus assurer une production suffisante pour nourrir leur famille. 

Les femmes agricultrices assurent plus de la moitié de la production alimentaire dans le monde. Environ 1,6 million de femmes vivent de l’agriculture. À travail égal, elles sont souvent moins bien rémunérées que les hommes. Elles ne bénéficient en outre pas du même accès aux technologies, aux réseaux de commercialisation et à la protection des droits syndicaux. Près de la moitié de la population rurale de l’Afrique subsaharienne vit avec moins de 1,25 dollar par jour, et une personne sur quatre souffre de sous-alimentation.

« La faim procède de causes très complexes, mais elle a pour conséquence de priver de leur dignité des hommes, des femmes et des enfants, de perpétuer les inégalités et de détruire tout un potentiel humain. Des agricultrices et agriculteurs se battent pour défendre leurs moyens de subsistance. Des menaces pèsent sur les exploitations paysannes et familiales ; si on ne les protège pas, la faim s’insinuera dans notre vie à toutes et tous. Un investissement systématique dans l’agriculture est nécessaire pour assurer la viabilité des petites exploitations agricoles.

« Les pays riches et les grandes multinationales doivent en faire davantage pour s’assurer que chacun et chacune peut manger à sa faim », insiste Winnie Byanyima.

Oxfam appelle à l’adoption ou au renforcement de la législation et des politiques foncières afin de protéger les droits des agricultrices et agriculteurs. Les États et les bailleurs de fonds doivent investir dans la formation aux pratiques agroécologiques et dans l’évaluation du risque climatique. Des programmes de protection sociale devraient plus généralement couvrir les personnes confrontées à la faim. Enfin, les comités nationaux de l’Année internationale de l’agriculture familiale devraient recevoir un plus grand soutien financier pour la mise en œuvre de programmes visant à améliorer les conditions de vie des agriculteurs familiaux et des petits exploitants.

Contact

 Sue Rooks,  +1 917 224 0834  sue.rooks@oxfaminternational.org