Protection lacunaire dans l’est du Congo : les exactions se poursuivent

Les autorités locales doivent avoir les moyens de lutter contre l’insécurité systémique à laquelle sont confrontées les communautés dans des zones contrôlées tant par des groupes armés que l’État.

KINSHASA, le 6 mars 2015 – Deux ans après la conclusion d’un accord de paix majeur visant à construire une paix durable dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), un rapport d’Oxfam révèle que la population congolaise ne bénéficie toujours que très peu, voire pas du tout, de la protection de l’État. Les groupes armés et les forces de sécurité continuent d’exploiter et de violenter les communautés. Selon Oxfam, le pouvoir de l’État doit de toute urgence être consolidé de manière à mieux protéger les personnes qu’il est censé servir et ainsi assurer une paix durable.

Intitulé « L’insécurité sécurisée », ce rapport d’Oxfam révèle que de nombreuses personnes vivant dans cette région sont tellement coupées de l’influence des pouvoirs publics qu’elles ne peuvent pas bénéficier de services de base, tels que la protection contre toutes formes d’exactions, ou doivent payer pour ce faire. Selon les personnes interrogées, tant les groupes armés que les forces de sécurité locales commettent des crimes, en particulier contre les femmes.

Par exemple, une femme a déclaré à Oxfam que, quand elle a essayé de signaler un viol, on lui a répondu que la justice ne concernait pas les femmes. De même, un homme voulant porter plainte contre le viol de sa femme a lui-même été accusé du viol et arrêté.

Oxfam appelle à des avancées concrètes et urgentes dans la mise en œuvre de l’accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération, signé il y a deux ans, à Addis-Abeba, par la RDC et les pays voisins. Cet accord engageait les signataires à poursuivre et renforcer la réforme du secteur de la sécurité, à consolider l’autorité de l’État, ainsi que le développement économique.

« Ce rapport est un appel adressé aux signataires pour qu’ils favorisent la paix dans l’est du Congo et dans la région des Grands Lacs, souligne José Barahona, directeur pays d’Oxfam en RDC. Nous devons nous garder de considérer avec complaisance ces grands accords qui n’ont guère entraîné d’améliorations pour les communautés congolaises.

« La sécurité relève de la responsabilité du gouvernement congolais, et il est nécessaire de réformer de toute urgence les services ayant pour mission de protéger la population, comme ces témoignages en attestent. Les communautés de l’est du Congo méritent que l’on construise la paix sur des bases suffisamment solides pour enfin briser la spirale infernale de conflit pour de bon. Nous croyons fermement que le pays peut tourner la page et s’engager sur la voie d’une paix durable, mais notre rapport indique que nous devons unir nos efforts pour nous assurer que la façon dont la paix se construit dans l’est de la RD Congo permettra à toute la population de bénéficier d’un accès gratuit et équitable aux services de l’État. »

Ce rapport raconte que des soldats érigent des barrages routiers pour extorquer les habitants de la région et que les forces de sécurité comme les groupes armés taxent illégalement et exploitent des familles qui vivent déjà dans le dénuement. Cependant, les habitants doivent payer des pots-de-vin en espèces ou en nature aux autorités locales pour que celles-ci acceptent de ne serait-ce qu’ouvrir un dossier.

Toutefois, le rapport cite également des fonctionnaires ayant à cœur de maintenir la paix et la stabilité au sein de leur communauté, mais estimant que leur travail est entravé par le fait qu’ils ne sont pas payés régulièrement et ne reçoivent pas l’appui nécessaire pour mener à bien leur travail. Un fonctionnaire a déclaré à Oxfam ne pas oser se rendre dans certains endroits trop dangereux.

Oxfam a constaté que l’autorité et les institutions de l’État ne sont rétablies que de façon limitée et fragmentaire. Il existe dès lors des zones où « l’État estime que la sécurité est assurée, alors qu’en réalité, les communautés vivent toujours dans l’insécurité » – une situation qualifiée d’"insécurité sécurisée" par un fonctionnaire local. Les violences perpétrées par les groupes armés ont été évoquées dans l’ensemble des seize villages visés par l’étude d’Oxfam.

Parmi les recommandations formulées dans le rapport, Oxfam appelle à l’acheminement efficace des ressources financières et logistiques nécessaires pour réformer les services de sécurité, payer des salaires suffisants aux militaires et aux représentants de l’État et former les fonctionnaires des administrations locales, puis assurer un suivi de leurs performances.

Notes aux rédactions

• Il s’agit de la huitième enquête d’Oxfam sur la protection en RDC, depuis 2007.

• Pour cette étude, Oxfam a adopté une méthodologie qualitative comprenant des entretiens approfondis avec des interlocuteurs clés et des discussions de groupe dans deux des secteurs clés de stabilisation, définis par la stratégie internationale de soutien à la sécurité et à la stabilisation (ISSSS ou de I4S) dans chacune des deux provinces de l’est de la RDC (Nord-Kivu et Sud-Kivu). Les zones sélectionnées ont été les territoires de Masisi et de Rutshuru au Nord-Kivu, et les territoires de Kalehe et d’Uvira au Sud-Kivu. Oxfam a mené 55 discussions de groupe et a interrogé 70 interlocuteurs clés dans 16 villages. Au total, 430 membres de la communauté et 70 dirigeants communautaires et représentants de l’État ont participé à l’étude. Des entretiens semi-structurés ont été menés dans chaque village avec quatre interlocuteurs clés, à savoir un représentant traditionnel, un responsable administratif, un agent de la sécurité, et un leader d'opinion.

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