La SFI investit des milliards de dollars qui contribuent à la violation des droits humains dans le monde

Les investissements de la SFI dans les intermédiaires financiers ont atteint 36 milliards de dollars en quatre ans, soit trois fois plus que les prêts de la Banque mondiale en faveur de l’éducation, et doivent être réformés sans délai

La Société financière internationale (SFI) rend très peu compte des milliards de dollars qu’elle investit dans les banques, les fonds spéculatifs et d’autres intermédiaires financiers et qui financent des projets conduisant à des violations des droits humains à travers le monde.

C’est ce qu’affirme le nouveau rapport publié aujourd’hui par Oxfam et d’autres ONG, une semaine avant l’ouverture des Réunions de printemps de la Banque mondiale : « La souffrance des autres ». Ce rapport établit que, trop souvent,la SFI (filiale de la Banque mondiale spécialisée dans les prêts au secteur privé) ne procède pas aux vérifications nécessaires pour identifier et gérer les risques avant d’investir dans des tiers prêteurs. 

« La pénible vérité est qu’avec son nouveau modèle de prêt, la SFI ne sait pas où la majeure partie de ses fonds aboutissent ni s’ils aident ou nuisent, affirme Nicolas Mombrial, directeur du bureau d’Oxfam International à Washington.

« Nous relatons des méfaits scandaleux, commis dans le cadre de projets rendus possibles par les investissements de la SFI dans des tiers en Asie, en Afrique et en Amérique latine : répression, accaparements de terres et violences qui ont même fait des morts. La SFI met si peu d’informations à la disposition du public, sciemment ou par ignorance, que nous craignons qu’il ne s’agisse là que de la partie visible de l’iceberg. »

La SFI a largement misé sur cette nouvelle stratégie de non-intervention en matière de prêts de développement : en seulement quatre ans, jusqu’en 2013, elle a investi 36 milliards de dollars via des intermédiaires financiers. C’est moitié plus que les fonds consacrés par le Groupe de la Banque mondiale à la santé au cours de la même période, et trois fois plus que ceux consacrés à l’éducation. Ce modèle représente désormais 62 % du portefeuille d’investissements de la SFI, et des prêteurs parmi les plus influents commencent à le reproduire. 

Les pays en développement ont besoin de services financiers décents, et le secteur privé aun rôle à jouer pour combler le déficit financier existant. « La SFI peut aider à attirer des financements privés dans les pays pauvres, mais actuellement, la mise en pratique de ses politiques de précaution en matière environnementale et sociale dans le cadre de ces nouveaux investissements dans les intermédiaires financiers est au mieux un jeu de hasard, au pire un vœu pieux », continue Nicolas Mombrial.

La SFI augmente son taux d’exposition de 50 % dans les États fragiles et, si elle y suit ce modèle hasardeux sans rien changer à sa forme actuelle, le risque de résultats calamiteux sera encore plus inquiétant.

« Les prêts de la SFI à des tiers représentent désormais des sommes si colossales, et son portefeuille est entouré d’un tel secret et entaché de tels abus qu’il est devenu indispensable de remanier entièrement ce modèle de prêt, estime Natalie Bugalski, directrice juridique d’Inclusive Development International et co-auteure du rapport.
    
« Autre constat inquiétant, sur les 49 investissements réalisés par la SFI, depuis 2012, dans des intermédiaires financiers pourtant identifiés comme présentant un risque élevé, elle n’a publié des sous-projets que pour trois de ces contrats. Cela signifie que le public ne dispose d’aucune information concernant la destination réelle de 94 % de ses investissements par intermédiaires "à haut risque". Tant que le Groupe de la Banque mondiale n’apportera pas les preuves que ces transactions ont un impact légitime sur le développement et ne causent aucun préjudice, la SFI doit cesser tout investissement dans des tiers à haut risque », souligne Natalie Bugalski.

Ce rapport est le premier à faire la synthèse de toute une série d’études déjà publiées sur des projets à l’origine de conflits et de souffrances pour les populations locales : des plantations de caoutchouc, de canne à sucre et de palmiers à huile au Cambodge, au Lagos et au Honduras, un barrage au Guatemala et une centrale électrique en Inde, par exemple. Le rapport pointe également d’autres projets à risque, dont de nouvelles centrales électriques et des barrages en Papouasie occidentale, au Laos et au Guatemala, une mine au Vietnam et des plantations de canne à sucre au Guatemala. 

« Nous voulons que la Banque mondiale sache que son argent sert à détruire notre mode de vie. Nous sommes aujourd’hui cernés par les multinationales. Elles se sont emparées des terres et des forêts de notre communauté. Nous craignons de bientôt ne plus avoir de terres du tout et de perdre notre identité. Est-ce là l’idée que se fait la Banque mondiale du développement ? », interroge un représentant de l’une des communautés touchées, cité dans le rapport.

Selon le rapport, la SFI doit réformer son modèle de prêt aux intermédiaires financiers. Pour ce faire, elle doit notamment :

  • effectuer des investissements moins nombreux mais de meilleure qualité, qui soient conformes à ses propres standards sociaux et environnementaux ; 
  • ne plus investir dans de nouveaux projets à haut risque par le biais d’intermédiaires financiers, jusqu’à ce qu’elle dispose de systèmes adéquats pour gérer et réduire les risques ; 
  • rendre publics les noms de ses clients et les sous-projets pour tous les investissements effectués par le biais d’intermédiaires financiers ; 
  • demander des évaluations indépendantes des projets et suspendre les clients en cas de manquements aux politiques de précaution. 

Selon le rapport, la SFI a commencé à réformer son mécanisme de prêt aux intermédiaires financiers face aux récentes critiques, y compris de son propre organisme de surveillance, son conseil d’administration, de groupes de la société civile et des communautés lésées. Elle a notamment entrepris de simplifier son évaluation des risques et de mettre en place une nouvelle commission pour évaluer les projets à haut risque, et elle s’est engagée à accorder le même poids aux risques sociaux et environnementaux qu’aux risques financiers et bancaires.

Le rapport affirme cependant que des problèmes fondamentaux demeurent et que d’autres mesures doivent être prises dans les plus brefs délais.

Oxfam collabore avec d’autres ONG pour rappeler la SFI à ses obligations par le biais de ce rapport, notamment avec Inclusive Development International, Global Witness, BrettonWoods Project, Madre Selva, Nisgua, le collectif de recherche PSA, le Bank Information Center, Urgewald et EquitableCambodia.

Notes aux rédactions

Télechargez le rapport: “La souffrance des autres” 

Contact

Oxfam: Matt Grainger matt.grainger@oxfaminternational.org +447730680837
Global Witness: Megan MacInnes, mmacinnes@globalwitness.org, +44(0)7540891837 
Bretton Wood Project: Clare Woodford cwoodford@brettonwoodsproject.org 442(0)2031220748
Inclusive Development: David Pred, david@inclusivedevelopment.net, +1-917-280-2705
Urgewald: Moritz Schröder, moritz@urgewald.org, +49-176/64079965.
MadreSelva: José Cruz ejcruz222@gmail.com +502 22327272
Equitable Cambodia:   EangVuthyvuthy@equitablecambodia.org (+855) 12 791 700
Programme for Social Action (PSA): Vijayan MJ, vijayan@psa-india.net +91-9582862682