Soudan du Sud : résoudre le conflit pour mettre un terme à la grave crise humanitaire


Ce 9 juillet 2015 marque le 4ème anniversaire du Soudan du Sud, le plus jeune Etat du monde, également plongé dans une crise humanitaire sans précédent. Près de 8 millions de personnes - les deux tiers de la population totale – sont en situation d’insécurité alimentaire et 3,8 millions souffrent de la faim. Plus de 2 millions de personnes ont été forcées à fuir leurs foyers du fait des combats, qui empêchent des milliers de personnes d'obtenir l'aide dont elles ont besoin de toute urgence. La situation empirera si une solution politique menant à la paix n’est pas trouvée, mettent en garde Oxfam et la Commission européenne. 

« Le peuple du Soudan du Sud a désespérément besoin d'une fin immédiate à cette guerre, pour qu’il puisse recevoir de la nourriture et une assistance vitale. Nous appelons à ce que toutes les parties au conflit permettent à la population d'accéder à l'aide humanitaire en toute sécurité », déclare Zlatko Gegic, directeur d’Oxfam au Soudan du Sud. 

Depuis le déclenchement de la guerre civile en décembre 2013, la situation au Soudan du Sud reste l'une des plus graves crises humanitaires au monde. Les grands espoirs que le pays pouvait avoir lorsqu’il a acquis son indépendance en 2011 - devenant la plus jeune nation du monde - se sont évaporés.

Les personnes déplacées par la violence généralisée ont les plus grands besoins. Plus de 1,5 million de personnes ont été déplacées à l'intérieur du pays. En outre, plus d’un demi-million de Sud-Soudanais ont trouvé refuge en Ethiopie, au Soudan, en Ouganda et au Kenya, faisant peser une pression supplémentaire sur les ressources de ces pays et ayant un effet déstabilisateur sur toute la région.

Dans leur fuite, les réfugiés et déplacés sont en quête de nourriture, d’eau et d’abris, ainsi que d’une région sûre. Les menaces physiques et psychologiques auxquelles ils ont été exposés découlent non seulement du conflit mais aussi de la violence et de la criminalité entre groupes ethniques. Elles ont entraîné la fuite de communautés entières. La population est maintenant confrontée à une insécurité chronique, des conditions de vie inhumaines et un manque de protection.

Les enfants sont les premières victimes de la crise humanitaire qui affecte le Soudan du Sud. A l'intérieur du pays, près de 248 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. 60% des réfugiés sud-soudanais dans la région sont des enfants et des jeunes de moins de 18 ans. L'ONU estime que plus de 12 000 enfants soldats ont été recrutés par des groupes armés dans le pays, ce qui constitue une grave violation du droit international.

Au Soudan du Sud, l'aide humanitaire est fournie dans des circonstances extrêmement difficiles. Combats et attaques contre les travailleurs humanitaires restreignent considérablement l'accès aux personnes dans le besoin. La réquisition d'actifs et d’autres obstructions illégales contraignent davantage le travail des organisations humanitaires. Les pluies à venir vont rendre encore plus difficile l’accès de la population à une assistance vitale. 

Pour Simon Mansfield, représentant du service d'aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne (ECHO) au Soudan du Sud, « les conditions de travail pour fournir de l'aide au Soudan du Sud est extrêmement difficile : l'accès humanitaire est incertain, peu d’infrastructures existent et la sécurité est très volatile. Toutes les parties tentent de manipuler l'aide à leurs propres fins ».

En 2015, la Commission européenne fournit une aide humanitaire pour le Soudan du Sud et les pays voisins touchés par la crise à hauteur de 120,5 millions d’euros. 

« L'Union Européenne a fourni une aide substantielle, y compris une assistance alimentaire, des soins de santé de base, de l’eau potable, des infrastructures et du matériel d’assainissement, des abris et une protection aux personnes les plus vulnérables à la fois dans le pays et aux réfugiés sud-soudanais dans la région. Notre équipe sur le terrain coordonne les efforts humanitaires avec les organisations  partenaires pour assurer que l'aide est distribuée en temps utile à ceux qui en ont le plus besoin », explique Simon Mansfield. 

La Commission européenne collabore avec des agences des Nations Unies et des ONG telles qu’Oxfam, qui travaille dans la région depuis 1983. Oxfam vient actuellement en aide à plus de 690 000 personnes en leur fournissant de l’eau potable, des installations sanitaires, de la nourriture, du carburant et un soutien au revenu. 

Notes aux rédactions

- Aujourd’hui, près des deux tiers de la population du Soudan du Sud est en situation d’insécurité alimentaire : quelques 7,8 millions de personnes sont en phase 2, 3 et 4 d’insécurité alimentaire 

- 3,8 millions de personnes souffrent sévèrement de la faim, un chiffre qui pourrait passer à 4,6 millions de personnes (40% de la population totale) d’ici la fin juillet. 
- 800 000 personnes sont en situation d’insécurité alimentaire à un niveau d’urgence et subissent des pénuries alimentaires extrêmes et dangereuses. Cette évaluation a été conduite avant la récente escalade du conflit. Il est donc fortement probable que pour des milliers de personnes au Soudan du Sud, la situation ait encore empiré. 
- Les niveaux de malnutrition des enfants de moins de cinq ans ont très fortement augmenté. Les femmes enceintes et les mères qui allaitent sont aussi particulièrement touchées, vulnérables aux maladies, risquant même la mort. 80% des comtés des états du Grand Haut-Nil, Warrap et du Bahr El Ghazal Nord sont à un niveau critique de malnutrition. 
- Le nombre de personnes souffrant sévèrement de la faim devrait baisser à 2,8 millions d’ici septembre après la principale récolte de la saison. 
- La majorité de la population reçoit une forme d’assistance alimentaire. 
- La traditionnelle ‘saison maigre’ – une période durant laquelle la population dépend des stocks pour se nourrir – a commencé avec deux moins d’avance dans les zones les plus affectées. 
- Un rapport de la FAO et du PAM a montré une augmentation encourageante de 17% de la production nette de céréales en 2014. Les progrès observés dans les zones moins touchées par le conflit doivent être préservés. 
- Les financements pour des projets de développement de long-terme dans les zones du pays moins affectées par le conflit doivent être maintenues pour renforcer la résilience et préserver les améliorations qui ont été faites là-bas. 
-    Plus d’informations : www.eusavelives.org 

Contact

Cécile Genot, Paris - cgenot@oxfamfrance.org