Migration : le sommet de La Valette doit porter sur la situation en Afrique, non sur les préoccupations sécuritaires de l’UE

Les dirigeants européens et africains réunis aujourd’hui autour des questions de migration à La Valette (Malte) doivent s’attaquer aux raisons profondes qui poussent des hommes et des femmes à tout abandonner et partir. Selon Oxfam, c’est une condition sine qua non pour que cette rencontre majeure bénéficie aux populations des pays africains y prenant part. Les dernières statistiques montrent qu’au cours des quinze dernières années, au moins 31 000 personnes ont perdu la vie ou ont disparu en essayant de gagner l’Europe.1 Face à un tel bilan, les chefs d’État de l’Union européenne (UE) doivent absolument faire primer les droits humains sur leur propre volonté de durcir leurs frontières et de renforcer leur politique sécuritaire.

Lors de ce sommet, l’UE devrait annoncer un nouveau Fonds d’affectation spéciale pour l’Afrique. Oxfam se réjouirait que l’UE décide de consacrer ces ressources à lutter contre la pauvreté et les inégalités et à prévenir les conflits en Afrique. Cependant, l’ONG s’oppose à toute utilisation de ces fonds dans le seul but de contenir les migrations. L’aide au développement doit viser à éradiquer la pauvreté et, à ce titre, financer des écoles ou des centres médicaux, non des fils de fer barbelé et des postes de contrôle. 

« Les personnes sont plus importantes que les frontières, souligne Sara Tesorieri, conseillère d’Oxfam sur les politiques européennes en matière de migration. Rien, pas même les nombreuses personnes mortes sur la route de l’exil, ne dissuadera des hommes et des femmes de gagner l’Europe, au péril de leur vie. L’approche de l’UE pour limiter ces migrations apparaît donc clairement comme un échec. Il est important que l’Europe prenne conscience que, lorsqu’ils sont bien gérés, le développement et la prospérité peuvent aller de pair avec la circulation des personnes. À La Valette, il faut arrêter de parler de la question des migrations vers l’Europe et commencer à réfléchir à la meilleure façon d’aider les personnes qui se déplacent dans le but d’améliorer leurs conditions de vie. »

L’étude qu’Oxfam a mené en collaboration avec Adeso et le Global Center on Cooperative Security montre que la migration peut avoir une incidence économique bénéfique, avec de nets avantages pour les pays d’accueil en termes de marché du travail, de contributions fiscales et sociales et de croissance économique.2 De même, l’étude de l’université d’Oxford indique que l’amélioration du développement humain entraînera probablement une augmentation – et non une réduction – de la mobilité.3

« Les dirigeants réunis à La Valette doivent accepter le fait que des migrations ont lieu. Il appartient à l’UE d’analyser les causes, nombreuses et variées, qui poussent à migrer, au lieu de les balayer d’un revers de la main et de les ignorer. Les crises en question peuvent aussi bien être liées à des conflits armés, au changement climatique, aux inégalités, à la pauvreté qu’aux régimes répressifs », explique Sara Tesorieri.

L’Europe doit également reconnaître sa propre responsabilité dans les problèmes et crises chroniques que connaît l’Afrique. Elle se doit d’agir en conséquence, en concluant un accord ambitieux sur le climat à Paris, en mettant fin à l’évasion fiscale qui soustrait des milliards d’euros à l’Afrique chaque année et en limitant les transferts d’armes conformément au Traité sur le commerce des armes, afin de rendre les conflits moins meurtriers en Afrique, tout en aidant les États africains à eux-mêmes mettre ce traité en œuvre.

Oxfam appelle à un engagement plus grand en faveur de la sécurité humaine et des droits humains, du développement durable et de la prévention des violences armées. Le renforcement de la sécurisation des frontières et de la criminalisation de la migration clandestine ne fera qu’accroître les souffrances humaines et les risques courus par les personnes dans le besoin. 

1themigrantsfiles.com

2 Oxfam, Adeso et le Global Center on Cooperative Security, « Suspendus à un fil », février 2015 https://www.oxfam.org/fr/rapports/suspendus-fil-transferts-somalie.

3Entre autres : de Haas, Hein : « Migration transitions: a theoretical and empirical inquiry into the developmental drivers of international migration », documents de travail, International Migration Institute. Université d’Oxford : 2010. 

Notes aux rédactions

Téléchargez le rapport (en anglais)

1. Sara Tesorieri, conseillère d’Oxfam sur les politiques européennes en matière de migration, assistera au sommet de La Valette. Pour organiser une interview, veuillez contacter Ludovica Jona, chargée de relations presse, à La Valette (tél. portable : +39 338 8786870, courriel : ludovica.jona@oxfam.it).

2. Document présentant la position d’Oxfam concernant le Sommet UE-Afrique sur la migration 

3. Statistiques de Migrants Files (themigrantsfiles.com) :

  • Au cours des quinze dernières années, au moins 31 476 personnes ont perdu la vie ou ont disparu en essayant de gagner l’Europe, dont 24 022 morts ou portés disparus sur les voies de la Méditerranée centrale et occidentale entre l’Afrique du Nord et l’Europe. 
  • Dans le même temps, l’UE a dépensé 11,3 milliards d’euros en procédures de déportation, plus 1,7 milliard pour mettre en place des centres de détention en dehors de l’UE, notamment en Libye, fournir une assistance technique aux pays d’Afrique du Nord afin d’empêcher les réfugiés et les migrants de rejoindre l’Europe par la Méditerranée, construire des clôtures et des murs, dont une barrière de 11 km à Ceuta, sur la côte de l’Afrique du Nord, équiper les gardes-frontières de l’UE de drones, bateaux hors-bords, jumelles de vision nocturne et jeeps, entre autre matériel, ainsi que pour coordonner les efforts en matière de contrôle des frontières européennes. 
  • De même, les réfugiés ont déboursé 16 milliards d’euros pour rejoindre l’Europe. 

 

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Attila Kulcsar | Humanitarian Media Officer | attila.kulcsar@oxfaminternational.org | +447471 142974