L'aide au peuple syrien stagne, un sursaut est nécessaire à la conférence de Londres

À quelques jours de la conférence de Londres, où les donateurs annonceront leurs promesses d'aide en faveur de la Syrie et des pays voisins, Oxfam exhorte les pays riches à s'engager à apporter de réels changements qui amélioreront les conditions de vie de millions de Syriennes et Syriens. Jusqu'à présent, le financement de l'aide humanitaire et l'offre de places de réinstallation ont souvent été si faibles qu'ils semblent n'avoir qu'une valeur symbolique. Les Syriennes et Syriens dans le besoin ne peuvent pas se contenter de belles paroles ; ils attendent des mesures concrètes.

Selon une nouvelle analyse des contributions aux efforts d'aide publiée aujourd'hui par Oxfam, quelques puissances mondiales ont certes apporté une aide exemplaire aux Syriennes et Syriens, qui continuent de mourir, d'être déplacés et de sombrer dans le dénuement par centaines de milliers. Pourtant la plupart des pays sont encore très loin de contribuer à la mesure de leurs moyens. À peine plus de la moitié des fonds nécessaires pour financer l'aide internationale pour la population civile en Syrie et les réfugiés dans les pays voisins a été rassemblée en 2015.

Dans son analyse, l'ONG met en perspective l'aide financière et l'offre de réinstallation des différents pays avec la taille de leur économie. L'Allemagne, les Pays-Bas, la Suède et le Royaume-Uni continuent de faire preuve de générosité, tandis que des donateurs majeurs comme le Qatar, l'Arabie saoudite et les États-Unis n'ont versé qu'une partie insuffisante de ce que serait une contribution équitable de leur part.
L'Australie, la France et la Russie ont renforcé leur engagement direct dans le conflit, mais ne financent pas les appels humanitaires autant qu'elles le devraient. En 2015, les contributions de la Russie aux appels humanitaires pour la crise syrienne n'ont représenté que 1 % de sa juste part.

« Regardez la Norvège, la Belgique et le Koweït. Les contributions de ces pays au financement de l'aide humanitaire ont largement dépassé leur juste part. Comment la France, l'Arabie saoudite et la Russie peuvent-elles expliquer leur manque de générosité ? », s'interroge Andy Baker, coordinateur pour Oxfam de la réponse à la crise syrienne.

« En comparaison, l'aide fournie par les petits pays voisins de la Syrie, le Liban et la Jordanie, qui accueillent près de 2 millions de réfugiés, correspondent à respectivement 6 892 % et 5 628 % de ce que l'on serait en droit d'attendre d'eux. Nos estimations du niveau d'engagement requis en matière d'aide humanitaire et de réinstallation représentent le strict minimum. Or les pays riches restent encore et toujours loin du compte. La conférence de Londres doit être un tournant », insiste Andy Baker.

En 2015, les milliers de personnes mortes noyées au large des côtes européennes ont soulevé, parmi le public, une vague de solidarité sans précédent pour le peuple syrien. Malgré cela, les gouvernements des pays riches n'ont pas suivi. Les États européens doivent procurer aux réfugiés des voies d'accès sûres et légales, afin que ceux-ci n'aient plus à entreprendre un voyage dangereux les exposant à toutes sortes d'abus. Les réfugiés souhaitant rester dans les pays voisins de la Syrie doivent recevoir la possibilité de subvenir à leurs propres besoins et de vivre en sécurité. Surtout, il faut protéger davantage la population civile en Syrie et progresser rapidement vers un règlement de la crise. 

« Sans perspective d'un retour prochain chez eux, les réfugiés sont pris entre le marteau et l'enclume : faute de permis de séjour ou de travail, ils se trouvent dans l'incapacité de subvenir à leurs propres besoins, alors qu'ils reçoivent moins d'aide. Ils sont contraints de s'endetter pour payer leur loyer et acheter de la nourriture. Ils réduisent le nombre de leurs repas quotidiens et retirent leurs enfants de l'école pour les envoyer travailler. Les réfugiés deviennent de plus en plus vulnérables. Les participants à la conférence ne peuvent pas rester les bras croisés devant cette réalité », s'insurge Andy Baker. 

« Le Liban et la Jordanie doivent faciliter l'accès des réfugiés au droit de séjour, à l'emploi, à l'éducation et à la santé, mais ils doivent également recevoir de l'aide avec des plans de développement à long terme, si l'on veut éviter que leur propre population sombre dans la pauvreté », ajoute-il.

En Syrie, le financement insuffisant de l'aide humanitaire n'est qu'une partie du problème. L'aide ne parvient pas à des millions d'hommes, de femmes et d'enfants dans le besoin à cause des sièges, des obstacles bureaucratiques, du manque d'accès aux populations civiles et, surtout, des violences continues. 

Outre une aide soutenue au peuple syrien, Oxfam réclame que 10 % des réfugiés enregistrés dans les pays voisins de la Syrie, ce qui représente environ 460 000 personnes, soient réinstallés ou bénéficient d'autres formes d'admission humanitaire dans les pays riches, d'ici à la fin 2016. Il s'agit notamment de femmes et d'enfants vulnérables, de personnes handicapées et souffrant de blessures de guerre. Jusqu'à présent, l'ensemble des pays riches a offert de réinstaller 128 612 Syriennes et Syriens, soit seulement 28 % du nombre de places qui devraient être au minimum offertes. 

La promesse du Canada de réinstaller plus de 36 000 réfugiés d'ici à la fin 2016 correspond à 238 % de sa contribution équitable aux efforts internationaux de réinstallation des réfugiés. L'Allemagne et la Norvège ont aussi constamment fait preuve de générosité sur le plan de la réinstallation des réfugiés. 

En revanche, le gouvernement britannique, qui a contribué généreusement au financement de l'aide humanitaire, n'a offert de réinstaller que 20 000 réfugiés d'ici à 2020. Répartis dans l'ensemble du Royaume-Uni, chacune des 69 principales villes du pays accueillerait environ 60 réfugiés par an, ce qui est loin d'être d'un afflux massif. Les États-Unis, la France, la Russie, l'Espagne et les Pays-Bas restent les mauvais élèves en matière de réinstallation des réfugiés syriens.

Notes aux rédactions

L'analyse complète des contributions au financement de l'aide humanitaire et à l'effort de réinstallation des réfugiés est disponible ici. Les analyses précédentes sont également disponibles ici pour 2014 et ici pour 2015. Une explication détaillée de la méthode utilisée par Oxfam pour calculer l'équité des contributions est disponible en ligne.

Des témoignages illustrant l'impact de l'insuffisance de l'aide pour les réfugiés au Liban et en Jordanie sont disponibles à l'adresse suivante: wordsandpictures.oxfam.org.uk/pages/search.php?search=%21collection20301&k=0d06226ccb

Le calcul réalisé par Oxfam des contributions équitables des pays riches au financement de l'aide internationale montre que, depuis la première conférence internationale des donateurs pour la réponse humanitaire à la crise syrienne, en 2013, une poignée de pays sont toujours cités comme les bons élèves, notamment :

  • Allemagne : 156 % en 2013, 111 % en 2014 et 152 % en 2015
  • Pays-Bas : 133 % en 2013, 114 % en 2014 et 246 % en 2015
  • Norvège : 332 % en 2013, 254 % en 2014 et 385 % en 2015

Certains pays n'ont jamais contribué autant qu'ils le devraient :

  • Russie : 3 % en 2013, 7 % en 2014 et 1 % en 2015
  • France : 69 % en 2013, 57 % en 2014 et 45 % en 2015
  • Japon : 37 % en 2013, 29 % en 2014 et 24 % en 2015

D'autres encore ont en fait considérablement réduit leurs contributions financières :

  • Arabie saoudite : 282 % en 2013, 108 % en 2014 et 28 % en 2015
  • Qatar : 309 % en 2013, 358 % en 2014 et 18 % en 2015
  • Australie : 98 % en 2013, 28 % en 2014 et 37 % en 2015

La réinstallation est une solution par laquelle un pays tiers (autre que le pays fui par le réfugié, le pays de premier asile et le pays de résidence habituelle) offre à une personne le statut de réfugié sur son territoire. Par exemple, il peut s'agir d'un réfugié de Syrie vivant en Jordanie, à qui les États-Unis offrent un statut officiel, ainsi que les services connexes d'accueil et d'appui à l'intégration.

Les programmes d'admission humanitaire sont similaires, mais entraînent normalement une procédure accélérée et peuvent conférer un droit de séjour permanent ou temporaire, selon la législation ou la politique de l'État qui propose un tel programme.

Les autres formes d'admission peuvent inclure le fait d'autoriser des réfugiés syriens à entrer légalement dans des pays tiers en assouplissant les conditions d'octroi d'un visa de travail ou d'études, sans que ces conditions soient nécessairement liées à la vulnérabilité des réfugiés.

Asile : les civils confrontés à des persécutions ou à d'autres risques découlant d'un conflit armé ou de violations massives des droits humains ont le droit de passer les frontières internationales pour chercher refuge et demander l'asile dans un autre pays. En vertu du droit international, les États ont des obligations particulières envers les demandeurs d'asile, notamment l'obligation de ne pas les renvoyer de force dans un pays où ils seront en danger.

La relocalisation désigne le transfert de demandeurs d'asile entre pays membres de l'Union européenne. C'est une procédure intracommunautaire dans le cadre de laquelle les États membres conviennent de prendre en charge une partie des dossiers pour les pays qui reçoivent un grand nombre de demandeurs d'asile sur leur territoire.

Contact

Pour interviewer des porte-parole d'Oxfam basés à Londres, Beyrouth ou Amman (en anglais, arabe et français), veuillez contacter:

Joelle Bassoul | jbassoul@oxfam.org.uk | +961-71525218

Attila Kulcsar | attila.kulcsar@oxfaminternational.org | +44 7471 142974 | Skype: LondonW1 | Twitter: @attilalondon

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