Des millions de yéménites à deux doigts de perdre l'eau courante

Le danger d’un retour du choléra menace alors que quatre personnes sur cinq risquent de ne plus avoir accès à un approvisionnement régulier en eau potable.

Le blocus de la coalition dirigée par les Saoudiens contre les ports du nord du Yémen a engendré une grave pénurie de carburants. Avec elle, ce sont huit millions de personnes au Yémen qui risquent d’être privées d'eau courante dans les jours qui viennent, a averti Oxfam aujourd'hui.

Ils rejoindront les près de 16 millions de personnes au Yémen qui n’ont déjà pas accès à l'eau courante, laissant ainsi plus de quatre personnes sur cinq dans le pays sans approvisionnement régulier en eau potable.

Une perturbation de l'approvisionnement en carburant à cette échelle pourrait déclencher une nouvelle flambée de l’épidémie de choléra qui a vu près de 950 000 cas suspects depuis le mois d’avril, mais qui avait commencé à s'atténuer au cours des dernières semaines.

Dans les régions septentrionales du pays, les réserves d’essence devraient s'épuiser prochainement et celles de diesel d’ici environ huit jours. Le Ministère de l'Eau signale que sept villes sont déjà à court de carburant et deux autres verront leurs réserves bientôt épuisées. L'approvisionnement en eau dans des endroits tels que le port de Hodeidah dépend déjà du carburant fourni par les Nations Unies. Les organisations humanitaires ont accepté de soutenir les réseaux d'approvisionnement en eau, mais elles ne pourront pas continuer à mesure que le carburant devient rare et plus cher.

Pour Oxfam, des mesures urgentes sont nécessaires pour garantir l’accès à l’eau potable.

Shane Stevenson, le directeur d'Oxfam au Yémen, déclare : « La population yéménite est déjà affamée, pour la forcer à se soumettre. À moins que le blocus ne soit levé rapidement, l'eau potable lui sera également retirée. Supprimer l’accès à l'eau potable de millions de personnes, dans un pays qui souffre déjà de la plus grande épidémie de choléra au monde et qui est au bord de la famine, serait un acte de barbarie extrême.

« Punir les civils n'est jamais justifié. Il est ici question de personnes dont les vies sont froidement mises en péril dans les jeux de guerre d'autres pays. Le Yémen ne peut pas tenir beaucoup plus longtemps, et à moins que le blocus ne soit levé, des millions de personnes déjà en crise devront faire face à une nouvelle catastrophe. »

La pénurie d'eau au Yémen est l'une des pires au monde et le pays dépend principalement de l'eau souterraine pour assurer son approvisionnement. Les prix de l'essence ont déjà bondi de 200% dans la capitale Sanaa et en conséquence le prix de l'eau a plus que doublé, ce qui la rend hors de portée pour la plupart des gens.

Depuis le 6 novembre, un blocus de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a fermé les ports du nord du Yémen, rapprochant des millions de personnes du gouffre, alors qu’elles subissent déjà la pire catastrophe humanitaire actuelle et la pire épidémie de choléra jamais enregistrée au monde. La coalition a annoncé le 23 novembre qu'elle rouvrirait les ports à l’aide humanitaire, mais en l’absence de carburant, cela n'améliorera pas sensiblement la situation pour les millions de yéménites.

Près de sept millions de personnes risquent déjà de mourir de faim et l'ONU a averti que si le blocus n'était pas levé, le Yémen connaîtrait la pire famine de ces dernières années. Couper l'approvisionnement en eau obligera les familles à boire de l'eau sale et polluée, mettant en péril leur vie à mesure que le risque de maladie augmente.

Le travail d'Oxfam en matière d'approvisionnement en eau a déjà souffert de ces pénuries de carburant. Dans le district de Khamer, dans le gouvernorat d'Amran, dans le centre-ouest du Yémen - où le choléra a fait 174 morts depuis le mois d'avril - 31 000 personnes ont déjà été privées d’eau suite à la coupure de certaines parties du réseau d'alimentation.

Le service de nettoyage local de la ville de Taiz et des environs a épuisé ses réserves de carburant cette semaine et le nettoyage des rues a été arrêté, créant un environnement idéal pour la propagation rapide de nouvelles maladies telles que la dysenterie et la diphtérie.

La diphtérie a déjà infecté au moins 120 personnes depuis le début du mois de novembre, et cela ne fera qu'empirer si les établissements de santé ne reçoivent pas le carburant dont ils ont besoin. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, au moins un million d'enfants risquent de contracter la maladie si les vaccins et les médicaments continuent d'être interdits d'entrée au Yémen.

Shane Stevenson déclare : « Plus le blocus continue, plus les gens ont besoin de notre aide, mais moins nous sommes en mesure de la fournir. La communauté internationale ne peut pas tourner le dos aux souffrances du Yémen. Tous ceux qui ont de l'influence sur la coalition dirigée par l'Arabie saoudite sont complices des souffrances du Yémen s'ils ne font pas tout ce qui est en leur pouvoir pour les pousser à lever le blocus. »

Contact

Benjamin Wiacek | Yémen Media Lead | +33 7 69 32 61 67 (France) | bwiacek@oxfam.org.uk 

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