Femmes réfugiées rohingyas : 72 millions de dollars sont indispensables pour assurer leur protection

Oxfam lance aujourd'hui une alerte relativement aux conditions de vie des femmes rohingyas du Bangladesh qui développent des problèmes de santé, ne bénéficient d'aucune aide et sont davantage exposées aux abus en raison des installations inappropriées et non sécurisées que l'on retrouve dans de nombreuses sections des camps de réfugiés. 

L'organisation internationale réclame que 15 % des nouvelles sommes annoncées soient consacrées aux programmes humanitaires ayant pour vocation le soutien des filles et des femmes. Elle sollicite ainsi soixante-douze millions de dollars sur les quelque un demi-milliard de dollars récemment promis par la Banque mondiale. Aucun budget n'est actuellement en place pour répondre aux besoins spécifiques des femmes dans le cadre d'une intervention d'urgence globale.

Le gouvernement du Bangladesh et les agences ont fourni une aide d'urgence à plus de 700 000 Rohingyas arrivés l'année dernière, mais au rythme auquel croît le plus grand camp de réfugiés au monde, il devient difficile de répondre adéquatement aux besoins sans cesse grandissants. 

Plus d'un tiers des femmes interrogées par Oxfam et ses partenaires ont indiqué ne pas se sentir en sécurité ou à l'aise lorsqu'elles collectent de l'eau ou se rendent aux toilettes ou dans les cabines de douche, dont beaucoup n'ont ni toit, ni verrou sur la porte. La moitié des femmes et les trois quarts des adolescentes ont précisé n'avoir aucune solution pour gérer leurs menstruations, notamment un endroit réservé aux femmes pour laver sans gêne leurs serviettes hygiéniques en tissu.

De fait, les femmes se privent de nourriture et d'eau pour éviter de se rendre régulièrement aux toilettes et s'exposent ainsi à des douleurs abdominales et à des infections découlant de leur refus de se soulager ou de l'utilisation de serviettes en tissu pas propres. Elles préfèrent déféquer à côté de leur tente, ce qui augmente le risque d'épidémies majeures, surtout pendant la mousson. 

La précarité des installations augmente également le risque de harcèlement et d'abus sexuels. Des centaines d'incidents impliquant des violences sexistes sont signalés chaque semaine.

Dorothy Sang, responsable du plaidoyer pour Oxfam à Cox's Bazar, témoigne : « La vitesse folle à laquelle la crise des réfugiés rohingyas s'est déclarée a abouti à l'installation à la hâte d'équipements d'urgence, sans tenir compte des besoins spécifiques des femmes ». Aujourd'hui, les femmes et les filles en paient le prix en termes de sécurité et de bien-être.

« Il faut rectifier le tir de toute urgence à l'aide des sommes substantielles mises de côté pour soutenir et protéger les femmes rohingyas, notamment au moyen d'éclairages renforçant la sécurité des lieux, de toilettes et d'installations sanitaires préservant l'intimité ainsi qu'une aide supplémentaire pour les plus vulnérables. »

Les mères célibataires dont les maris sont décédés ou disparus représentent un sixième des familles dans les camps rohingyas. Ces femmes sont confrontées à des problèmes spécifiques, car le rôle qu'elles ont à jouer dans la sphère publique contrevient aux présupposés culturels et religieux quant à la place des femmes dans la société. Oxfam revendique que davantage de soutien soit apporté à ces femmes vulnérables, par exemple en les aidant à récupérer leurs paquets d'aide et en intensifiant le dialogue avec la communauté sur les rôles traditionnels dévolus aux femmes et aux hommes.

Oxfam travaille avec les organisations locales et les réfugiés pour adapter son intervention humanitaire afin de venir en aide plus efficacement aux filles et aux femmes. Cela passe par l'installation d'éclairages à énergie solaire le long des allées, la distribution de lampes solaires portatives, l'organisation de groupes de femmes pour discuter de problématiques telles que la sécurité et le mariage précoce, un travail auprès de la communauté pour lutter contre les violences faites aux femmes ainsi qu'un travail avec les réfugiés pour construire de nouvelles installations sanitaires avec des portes fermant à clé, des abris pour protéger les vêtements de la boue et des paravents pour garantir l'intimité. 

Dorothy Sang ajoute : « Il convient de féliciter les autorités bangladaises d'avoir autorisé les Rohingyas à trouver refuge à Cox's Bazar. Nous nous joignons à elles et à d'autres pour appeler le Myanmar à mettre un terme aux politiques discriminatoires qui sont à l'origine de cette crise. »

Près d'un million de Rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh à la suite de la campagne militaire dont ils ont fait l'objet au Myanmar, décrite par les représentants des Nations unies comme une « épuration ethnique ». 

Notes aux rédactions

Oxfam publiera l’intégralité de ses constatations et recommandations dans le rapport « One year On: Time To Put Women and Girls At The Heart Of The Rohingya Response » le mois prochain.

Recherche menée par Oxfam, Rohingya Refugee Response Gender Analysis: Recognizing and responding to gender inequalities, avec Action contre la faim, Save the Children et les contributions de CARE, UNHCR, ISCG et ONU Femmes, a été publiée plus tôt ce mois-ci. Les données de l'étude ont été collectées auprès de 482 ménages dans 15 camps différents. 

La Banque mondiale a annoncé le 28 juin dernier une aide de près d'un demi-milliard de dollars sous forme de dons afin d'aider le Bangladesh à répondre aux besoins des réfugiés rohingyas dans les domaines de la santé, de l'éducation, de l'eau et de l'assainissement, de la gestion du risque de catastrophe et de la protection sociale. Les détails complets sur l'allocation de ces fonds restent à confirmer. 

Une étude mondiale des Nations unies de 2015 recommandait que 15 % de l'aide publique au développement soient destinés à renforcer l'égalité entre les femmes et les hommes en situation de crise et de conflit. 

L'appel des Nations unies pour un financement de 1,2 milliard de dollars destinés à répondre aux besoins les plus élémentaires des réfugiés rohingyas en 2018 est à l'heure actuelle financé à seulement 32 %. 

Oxfam fournit une aide vitale, notamment de la nourriture et de l'eau potable, aux réfugiés rohingyas au Bangladesh. Nous avons porté assistance à au moins 266 000 personnes. 

Contact

Pour obtenir un entretien avec le porte-parole d'Oxfam à Cox's Bazar ou ailleurs, communiquez avec :

In Cox's Bazar: Harriet Hernando | hhernando1@oxfam.org.uk | +44 7557 077 008 |  +880 1864 819 991 

In the UK: Melanie Kramers | mkramers1@oxfam.org.uk | +44 (0)7825 088894 

Études de cas : deux mères célibataires décrivent combien la vie est difficile dans le camp. Images des conditions de vie en période de mousson et du travail de soutien offert par Oxfam dans les camps.

B-roll illustrant les conditions de vie dans les camps pendant la mousson.