Un paquet énergie-climat européen décevant qui doit être revu à la hausse

Hier soir, les chefs d’État et de gouvernement des États membres de l’Union européenne, réunis à Bruxelles, ont adopté le « Paquet énergie-climat » pour 2030.

Les États membres se sont mis d’accord sur les objectifs suivants à l’horizon 2030 : réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40 %, porter à au moins 27 % du bouquet énergétique la part des énergies renouvelables, et un objectif non contraignant d’économie d’énergie d’au moins 27 %.

En réaction à cet accord, Natalia Alonso, porte-parole d’Oxfam, déclare :
« L'objectif d'au moins 40 % de réduction des émissions de gaz à effet est une première étape. Mais il reste bien trop éloigné de ce dont l’Europe aurait besoin pour jeter tout son poids dans la lutte contre le changement climatique. L’insuffisance de ces mesures de la part des pays les plus riches ajoute au fardeau qui pèse déjà sur les populations les plus pauvres, les plus touchées par le changement climatique et les moins responsables de cette crise.

« En se laissant la possibilité d'augmenter cet objectif de 40 % dans le cadre des négociations internationales, les dirigeant-e-s européen-ne-s, comme Angela Merkel et David Cameron, reconnaissent que leur proposition est insuffisante et que l’accord d’hier ne doit pas plafonner les ambitions européennes mais doit rester un seuil minimum. Ils devront arriver à Paris avec une proposition autrement plus sérieuse.

« Il est frappant que les chefs d'entreprise aient appelé à des objectifs plus élevés et plus contraignants que ceux convenus par les dirigeants européens.

« Les dirigeant-e-s de l'UE ont eu hier une occasion historique de façonner un avenir durable en poussant pour une nette réorientation de la politique énergétique vers les renouvelables et l'efficacité énergétique. Au lieu de cela, on assiste encore une fois au succès du lobby des énergies fossiles, l’Europe se contentant d'une réponse décevante qui la maintient dans la crise énergétique et climatique.

Les dirigeant-e-s européen-ne-s ont décidé de ralentir les efforts d'économie d'énergie et le développement des énergies renouvelables en Europe. Ce soi-disant « Paquet climat » pourrait subventionner le charbon à hauteur de plusieurs milliards d'euros.

Malgré cela, les dirigeant-e-s européen-ne-s ont encore la possibilité de se racheter en révisant ces objectifs le plus tôt possible en amont de la Conférence climat de Paris (COP21) l'année prochaine et en s'assurant que tous les pays engagent l'argent nécessaire pour aider les pays les plus pauvres à s’adapter face au changement climatique. »

 

Notes aux rédactions: 

Demandes des chefs d’entreprises aux chefs d’État et de gouvernement européens sur le Paquet énergie-climat 2030 :

  • 11 grandes entreprises européennes - dont Philips, Ikea, Spar et Unilever- ont appelé les dirigeants européens à se mettre d'accord sur trois objectifs contraignants - « bien au-delà » d'un objectif de 40 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’au moins 40 % sur les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Cliquez ici pour lire la lettre (en anglais).
  • 49 entreprises, par le biais de la European Alliance to Save Energy, ont demandé un objectif d'économie d'énergie de 40 %. Cliquez ici pour lire la lettre (en anglais).
  • Les membres du European Corporate Leaders Group du Prince de Galles ont demandé à l'UE de soutenir un objectif de réduction d'au moins 40 % des émissions de CO2 en Europe, et de 50 % si d'autres pays prennent des mesures comparables. Ils soutiennent également un objectif contraignant d’au moins 30 % pour le développement des énergies renouvelables et d’au moins 30 % d'économies d'énergie. Cliquez ici pour lire leur déclaration (en anglais).

La Confédération européenne des syndicats (CES) a appelé à au moins 3 objectifs d'au moins 40 % de réduction des émissions à effet de serre, au moins 30 % de part des énergies renouvelables et au moins 40 % d'économies d'énergie, avec des objectifs européens à traduire en objectifs nationaux contraignants. Cliquez ici pour lire leur position.

Dans son dernier rapport « Alimentation, énergies fossiles et financements indécents », Oxfam révèle les faits suivants :

  • Cause première du changement climatique, les énergies fossiles génèrent 80 % des émissions de CO2 qui menacent la santé, l’alimentation, le commerce et la croissance économique.
  • Un « triangle toxique » dans le secteur des énergies fossiles risque de confronter 400 millions de personnes à la faim et à la sécheresse d’ici à 2060 : des investisseurs privés cherchant le profit à court terme, des gouvernements qui manquent de volonté politique et un lobby industriel qui fait pression pour maintenir le statu quo.
  • Au niveau de l’UE, le secteur des énergies fossiles consacre au moins 44 millions d’euros par an en activités de lobbying.
  • Les gouvernements ont subventionné à hauteur de 1 900 milliards de dollars par an le secteur des énergies fossiles à coup d’allègements fiscaux et de mesures d’incitations publiques.
Contact: 

À Bruxelles : Angela Corbalan au + 32 (0) 473 56 22 60 or angela.corbalan@oxfaminternational.org