La périlleuse migration à travers le désert du Niger: une histoire cachée de l’Afrique

Les jeunes migrants qui traversent le désert au nord-est du Niger en route vers l’Europe transitent par la ville d’Agadez, où ils attendent de poursuivre leur voyage. Et de trouver l’espoir ou la mort.
Les jeunes migrants qui traversent le désert au nord-est du Niger en route vers l’Europe transitent par la ville d’Agadez, où ils attendent de poursuivre leur voyage. Et de trouver l’espoir ou la mort.

Chaque jour, des milliers de personnes entreprennent un voyage périlleux pour chercher refuge et protection dans un pays autre que le leur. Poussées par la faim, contraintes de fuir la violence ou la persécution, elles abandonnent tout derrière elles et empruntent des routes illégales et dangereuses en quête de sécurité. Elles y laissent parfois la vie.

Depuis 2014, plus de 7 000 personnes sont mortes en Méditerranée centrale en tentant de rejoindre l’Italie, faisant de cette route vers l’Europe l’une des plus meurtrières au monde. On en sait cependant beaucoup moins sur ceux qui sont morts avant même d’atteindre la mer, en traversant le désert sans fin du Ténéré, au cœur du Sahara.

Agadez, porte légendaire du désert, est devenue une ville de transit pour de nombreux migrants qui tentent de rejoindre la Libye pour traverser la Méditerranée vers l’Italie.Agadez, porte légendaire du désert, est devenue une ville de transit pour de nombreux migrants qui tentent de rejoindre la Libye pour traverser la Méditerranée vers l’Italie.

Les estimations varient, mais on estime qu’en 2015, entre 80 000 et 150 000 personnes ont traversé cette zone désertique hostile et aride au nord-est du Niger pour atteindre l’Europe. La plupart d’entre eux sont de jeunes hommes, parfois très jeunes, originaires du Cameroun, du Sénégal, de la Gambie ou de la Guinée. Ils transitent en majorité par Agadez, la dernière ville au nord, avant d’entamer leur périple à travers le désert pour atteindre la côte libyenne.

Désertée par les touristes, celle que l’on appelait autrefois la "Perle du désert" accueille aujourd’hui des centaines de migrants entassés dans de petites maisons à la périphérie de la ville. Là, ils attendent pendant des jours, voire des semaines, avant de pouvoir monter dans le prochain pick-up en route vers la frontière libyenne et poursuivre leur voyage. Ou rentrer chez eux quand ils n’ont plus d’argent.

Yaya has been in Agadez for 2 months. He now waits for his family to send him money to pay for a truck to take him the 1,000 kilometers to the Libyan border. Yaya est à Agadez depuis 2 mois. Il attend maintenant que sa famille lui fasse parvenir de l’argent pour négocier une place dans un camion et parcourir les 1 000 kilomètres jusqu’à la frontière libyenne.

Yaya vit dans une pièce de 3 mètres sur 2. Il a 24 ans et est originaire de Casamance (Sénégal). Il est à Agadez depuis maintenant 2 mois. Sa famille a perdu ses terres agricoles et avec elles, tout moyen de subsistance à cause du conflit armé qui oppose les rebelles, qui demandent l’indépendance, et l’armée. Il espère rejoindre l’Italie et trouver un travail qui lui permettra de subvenir aux besoins de sa famille.

Yaya a de grands yeux brillants, comme si son esprit luttait pour l’empêcher de perdre espoir tandis que son corps est ravagé par la faim et l’attente. "Il n’y a plus de travail en Casamance. Moi et ma famille avons réussi à réunir 200 000 francs en vendant du bétail et en travaillant comme journaliers à la campagne. Nous avons mis un an à préparer ce voyage."

"Je savais que c’était risqué, j’avais vu les informations à la télévision sur les morts en Méditerranée, l’instabilité et le manque de travail en Libye. Mais beaucoup de gens y sont arrivés et cela m’avait donné de l’espoir."

A young man sleeps in one of the rooms in the ghetto. There are no beds, just a few mats, so many people have to sleep directly on the floor.Un jeune homme dort dans l’une des chambres du ghetto. Il n’y a pas de lit, juste quelques nattes, et beaucoup doivent dormir à même le sol.

Fixant du regard le mur et haussant les épaules, il soupire et dit, "Je suis le fils aîné et c’est à moi que revient la responsabilité de subvenir aux besoins de ma famille. Je suis le premier migrant de ma famille, et ils ont placé tous leurs espoirs en moi." Un refrain familier parmi les jeunes gens avec qui il partage une maison.

Beaucoup dénoncent aussi la violence et les pots-de-vin dans les pays de transit, notamment au Burkina Faso. "Là-bas, la police arrête les bus, identifie les migrants et les fait descendre. Ils prennent votre téléphone et tout ce qui a de la valeur; en plus ils vous font payer entre 10 et 15 francs, et si vous ne pouvez pas payer, ils vous mettent en prison", raconte Yaya.

Once they have arrived in Agadez, young migrants must remain hidden, locked in houses without bathrooms or access to drinking water. Une fois arrivés à Agadez, les jeunes migrants doivent rester cachés, enfermés dans des maisons sans salle de bains ni accès à de l’eau potable.

Yaya partage une maison avec 45 jeunes hommes dans le ghetto surpeuplé d’Agadez. Le chef du ghetto leur apporte un sac de riz tous les deux jours et de l’eau à boire. "Si nous voulons nous laver, il faut payer un supplément. Six personnes partagent une assiette pour manger. Il y a juste un WC. Beaucoup d’entre nous dormons dehors parce qu’on ne peut pas rester dans les chambres à cause de la chaleur et du manque d’air", explique Yaya.

Tous les lundis soirs, les camions partent pour la Libye ; ils quittent la ville, tous feux éteints et s’enfoncent dans le désert à pleine vitesse. Les passeurs ne donnent ni nourriture ni eau aux migrants, qui doivent veiller à ne pas s’endormir pour ne pas tomber des camions surchargés, et mourir.

Yaya n’a plus d’argent. "J’ai acheté un bidon d’eau avec ce qu’il me restait (1 000 CF) pour traverser le désert. Le voyage dure deux jours à l’arrière du camion et ils ne s’arrêtent sous aucun prétexte. Rester ici me coûte 500 CF par jour. J’attends maintenant que ma famille puisse m’envoyer de l’argent pour continuer jusqu’en Libye. Là-bas, il faudra que je travaille pour gagner l’argent dont j’aurai besoin pour prendre un bateau vers l’Italie."

Yaya’s water can, a recycled plastic container originally used for cooking palm oil, covered with sackcloth to maintain the water temperature. Le bidon d’eau de Yaya, un récipient en plastique recyclé, à l’origine pour stocker de l’huile de palme, est recouvert d’un sac en toile pour garder la température de l’eau. Ces bidons sont un symbole emblématique des migrants qui traversent le désert en route vers la Libye.

"Je ne peux pas aller et venir librement. Je ne peux pas chercher du travail dans la ville parce qu’il n’y en a pas, et parce que je me cache. Si la police m’attrape, je ne sais pas ce qu’ils feront... Peut-être qu’ils me renverront chez moi. Nous sommes coincés ici."

"Parfois, j’ai peur de ce qui pourrait arriver, mais tout dépend de la perspective sous laquelle vous envisagez les choses. Il y a tout un avenir devant moi. Je sais que ce sera dur, mais j’ai la force d’y arriver. Il n’y a pas le choix. Je sais que le voyage est dangereux: le désert et puis après la mer. Mais je sais nager."

Vous pouvez aider

Les informations manquent quant au nombre exact de migrants qui ont péri au cours de ce dangereux voyage à travers le Sahara, mais les témoignages recueillis par Oxfam font état des horreurs qu’ils subissent en cours de route.

Alors que des réunions au sommet sont prévues en septembre à l’ONU, le moment est venu de manifester notre solidarité avec les personnes contraintes de fuir et de demander que la communauté internationale s’engage à faire plus pour les réfugiés et les migrants. Si vous estimez vous aussi que nous méritons toutes et tous de vivre en sécurité, rejoignez le mouvement #StandAsOne et signez notre pétition dès à présent.

Photos: Pablo Tosco/Oxfam