Sierra Leone : les politiques de quarantaine aggravent inutilement les souffrances et le risque de propagation d’Ebola

Publié: 5th décembre 2014

Oxfam met aujourd’hui en garde contre la mauvaise mise en œuvre des quarantaines généralisées en Sierra Leone : au lieu d’endiguer l’épidémie d’Ebola, celles-ci aggravent en fait le risque de propagation de cette maladie mortelle, tout en infligeant des souffrances inutiles aux communautés.

Avec les nouvelles mises en quarantaine cette semaine, six districts sur quatorze auront été touchés par des mesures de quarantaine.

En tant que mesure de dernier recours, des quarantaines bien mises en œuvre peuvent contribuer à enrayer la propagation du virus Ebola. Par contre l’organisation humanitaire internationale s’inquiète que nombre des communautés mises en quarantaine soient privées de tout moyen de subsistance et de services de base, notamment de soins de santé. Elles ne reçoivent pas non plus de vivres et d’eau en quantité suffisante dans certaines zones où Oxfam travaille, jusqu’à 500 personnes doivent partager une seule latrine publique. La situation devient dès lors insupportable pour des personnes qui étaient déjà aux prises avec une forte pauvreté.

À Freetown, la capitale, Oxfam distribue des kits d’hygiène aux personnes confinées dans les zones de quarantaine. Des habitant-e-s ont rapporté à Oxfam que le manque de vivres, d’eau et de services essentiels, tels que des soins de santé autres que les traitements contre Ebola, les contraint à franchir le cordon sanitaire. Le manque d’accès à des services d’assainissement pose également un grave problème.

Eau et services essentiels

Oxfam avertit que, dans ces zones, les familles n’ont d’autre choix que d’enfreindre les ordres de mise en quarantaine et de sortir du périmètre sanitaire pour se procurer de la nourriture, de l’eau et des services essentiels au risque de saper les efforts déployés pour endiguer la maladie.

Récemment, lors d’une distribution à Susan’s Bay, un bidonville situé dans le centre de Freetown, Patrick Kamara, 43 ans, a expliqué à Oxfam qu’il tenait à respecter la quarantaine, mais qu’il ne pourrait plus longtemps survivre sans nourriture ni eau.

« Être en quarantaine est très difficile. Je travaille dans l’administration. J’ai une famille. J’avais l’habitude d’aller travailler à pied, et j’en profitais pour rapporter à manger à ma famille. Mais maintenant que nous sommes en quarantaine, la vie est très difficile. À la maison, nous n’avons pas d’eau pour boire. Il nous en faut aussi pour cuisiner. Nous prenions le petit-déjeuner le matin, mais maintenant nous n’avons plus de provisions. »

Il a également décrit la stigmatisation dont font l’objet les personnes qui brisent le cordon sanitaire pour aller chercher des vivres et de l’eau, mais reviennent souvent les mains vides.

« Quand on va en acheter, raconte-t-il parlant de la nourriture et de l’eau, ils nous repoussent. Ils disent que c’est de l’argent Ebola. Vous êtes des gens Ebola. Nous subissons une grave stigmatisation. »

«  Les quarantaines doivent être considérées comme un dernier recours. Il existe des principes juridiques clairs et tous les efforts doivent être faits pour maintenir les droits des personnes. Des quarantaines mal mises en œuvre rendent la vie encore plus difficile pour les communautés qui, dans beaucoup de cas, sont déjà pauvres, marginalisées et vulnérables », déplore Thynn Thynn Hlaing, directrice pays d’Oxfam en Sierra Leone.

« Nous craignons qu’elles n’aient pour effet d’inciter les autres communautés à sous-évaluer le nombre d’infections et de décès, ou à soigner les victimes d’Ebola par leurs propres moyens, afin d’éviter la mise en quarantaine. Mais cela risque de favoriser la propagation de cette maladie mortelle. »

Dernièrement, le centre national de lutte contre Ebola a établi de nouveaux protocoles de mise en quarantaine. Mais sans une coordination ni des ressources suffisantes pour que l’ONU et les autres organisations internationales puissent aider efficacement les populations, Oxfam craint que cette initiative ne soit vouée à l’échec.

L’organisation humanitaire internationale appelle le gouvernement de la Sierra Leone et les agences des Nations unies à garantir que les procédures de quarantaine répondent aux besoins fondamentaux des personnes visées.

Il existe des principes juridiques clairs et tous les efforts doivent être faits pour maintenir les droits des personnes.
Thynn Thynn Hlaing
Directrice pays d’Oxfam en Sierra Leone

Notes aux rédactions

Plus d'informations sur les zones de quarantaine en Sierra Leone:

Vidéo et photos

Film "De l'autre côté de la corde"

Photoreportage (photos, texte et vidéo)

Contact

Melanie Gallant, Responsable des relations médias Ebola

Melanie.Gallant@oxfam.ca +232-76-324-694