Les droits des femmes, premières victimes des conflits

Women's rights are often an early casualty of war

Pour les femmes qui se retrouvent loin de chez elles, installées dans des camps de fortune, le simple fait d’aller aux toilettes ou de chercher du bois de chauffage peut s’avérer dangereux. Leur inscription en tant que réfugiées peut également poser problème, puisqu’elles sont plus susceptibles d’être analphabètes et ont rarement les papiers d’identité nécessaires. Photo: Sylvain Cherkaoui/Oxfam

Conflits et crises, lorsqu'ils frappent, sont inévitablement suivis de déplacements, de faim et de pauvreté. Mais trop souvent ce sont les droits des femmes qui en sont les premières victimes.

Lorsqu’elles fuient les conflits, se déplacent et s’installent dans des camps de réfugié-e-s, les femmes sont exposées à toutes sortes de violences. Elles risquent l’exploitation, le harcèlement sexuel et le viol ; elles peuvent être vendues dans le cadre de mariages précoces ou non désirés, ou n’ont d’autre choix que d’échanger des faveurs sexuelles contre de l’argent pour satisfaire leurs besoins essentiels en matière de nourriture, de logement et de transport.

Les femmes en première ligne

Dans les situations d’urgence humanitaire, une femme réfugiée ou déplacée sur cinq est confrontée à des violences sexuelles.

Au Yémen, 3 millions de femmes et de filles sont exposées à des violences basées sur le genre.

Dans les pays touchés par des conflits, les filles sont 2,5 fois plus susceptibles de ne pas être scolarisées.

Au Soudan du Sud, une adolescente a trois fois plus de chances de mourir en couches que de terminer l’école primaire.

60% des décès maternels évitables surviennent dans des situations de déplacement ou de conflit.

Syrie

Les droits des femmes en Syrie étaient déjà menacés avant le conflit actuel. Le nombre de femmes sur le marché du travail avait diminué de moitié entre 2001 et 2011, et la discrimination et la stigmatisation étaient courantes. Depuis, leurs droits et libertés civiles continuent d’être bafoués.

Or, près d’un ménage sur trois est désormais dirigé par une femme. Qu’elles soient réfugiées dans d’autres pays (où elles n’ont souvent pas le droit de travailler), déplacées en Syrie ou de retour chez elles, les femmes syriennes ont du mal à joindre les deux bouts.

Wadha*, who lives in Deir Ez-Zor, is one of many people benefiting from Oxfam’s cash-for-work intervention. As well as cash for work programs, Oxfam in Syria runs training programs for women to learn skills so they can set up their own businesses or gain outside employment.

Wadha*, qui vit à Deir Ez-Zor, est l’une des nombreuses personnes qui bénéficient d’une initiative « travail contre argent » d’Oxfam. Outre ces initiatives, Oxfam en Syrie organise des programmes de formation qui permettent aux femmes d’acquérir les compétences nécessaires pour créer leur propre entreprise ou trouver un emploi. Photo: Dania Kareh/Oxfam

Wadha* et sa famille ont fui leur village de Deir Ez-Zor il y a quatre ans lorsqu’il a été envahi par des combattants du groupe État islamique. Ils pensaient pouvoir rentrer chez eux au bout de quelques semaines, mais ils ont dû attendre plusieurs années et, à leur retour, ils n’avaient plus aucun moyen de subsistance. Wadha* devait même parfois ramasser des herbes pour nourrir sa famille. Grâce au programme de « travail contre argent » mis en place par Oxfam, elle a maintenant de quoi subvenir à ses besoins.

Notre programme en Syrie adopte une approche holistique de l’autonomisation des femmes, en leur donnant la possibilité d’accéder aux droits et aux services, tout en remettant en cause les normes négatives en matière de genre. Nous plaidons également pour l’inclusion des femmes dans le processus de paix et faisons pression pour qu’elles y participent.

Burkina Faso

Au Burkino Faso, l’insécurité règne. Les assassinats, les enlèvements, le banditisme, les attaques et la violence psychologique sont des risques bien réels. Pour les quelque 800 000 personnes déplacées, le simple fait de trouver de l’eau potable est un défi quotidien.

« Depuis l’attaque au village, je suis terrorisée. Je ne dors plus la nuit, je suis traumatisée et j’ai toujours peur. »

Fatoumata, Burkina Faso

Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables et, là aussi, le nombre de femmes qui se retrouvent à la tête de leur famille sans soutien ne cesse de croître.

Fatoumata* a fui son village avec ses cinq enfants lorsque des groupes armés s’en sont emparés. Elle était auparavant agricultrice et élevait du bétail. Pendant la saison sèche, elle faisait pousser des herbes et des tomates.

Elle habitait à quelques kilomètres du camp pour personnes déplacées de Pisalla, où elle vit désormais. Elle a essayé de retourner chez elle pour récupérer quelques outils, mais a été confrontée à des violences : des groupes armés ont battu sa mère devant elle.

Fatoumata*, a 31 year old mother of five, was forced from her home when armed groups took possession of her village. Photo: Sylvain Cherkaoui

Fatoumata*, 31 ans, mère de cinq enfants, a dû fuir son village lorsque des groupes armés s’en sont emparés. Photo: Sylvain Cherkaoui/Oxfam

Oxfam apporte une aide au Burkina Faso pour répondre à l'urgence actuelle et mène également des projets visant à renforcer la résilience des communautés, à intégrer les femmes dans l’économie, à construire la paix et à améliorer l’assainissement.  

Yémen

Au Yémen, les deux tiers de la population ne savent pas de quoi sera fait leur prochain repas et sont confrontés chaque jour aux menaces de conflit, à la maladie et à la faim. Pour les femmes yéménites (qui représentent 76 % des personnes déplacées à l’intérieur du pays), les dangers sont encore plus grands.

Les femmes et les enfants constituent la majorité des victimes civiles. Dans les deux premières années du conflit seulement, les incidents de violences basées sur le genre ont augmenté de 63 %.

Avant la guerre, peu de femmes travaillaient. Aujourd’hui, près d’un tiers des ménages déplacés sont dirigés par des femmes (dont 21 % par des femmes de moins de 18 ans) et la plupart d’entre elles sont mal équipées pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs proches. Dans certains cas, elles doivent même recourir à des mesures désespérées pour pouvoir nourrir leur famille.

A mother explains that she wouldn’t accept getting her daugher married if their conditions were better than the misery the family is living. Photo credit: Sami M Jassar/Oxfam

Dans le gouvernorat d'Amran, au nord du pays, certaines familles déplacées, isolées et souffrant de la faim, ont été obligées de marier leurs filles, parfois dès leur plus jeune âge, afin d'acheter de la nourriture et de subvenir aux besoins de la famille. Photo: Sami M Jassar/Oxfam

Au Yémen, Oxfam soutient les familles par des distributions d’argent en liquide pour leur permettre d’acheter de la nourriture ou du bétail sur les marchés locaux, et par des programmes de travail rémunéré en espèces afin de leur fournir une source de revenus.

Soudan du Sud

Au Soudan du Sud, des millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer et attendent toujours de pouvoir retourner chez elles, tandis que des millions d’autres sont menacées par la famine. Les violences sexuelles ont été utilisées comme arme de guerre : les viols, les mutilations et la torture y sont monnaie courante. 65 % des femmes et des filles du Soudan du Sud ont subi des violences sexuelles ou physiques, soit deux fois plus que la moyenne mondiale. C’est l’un des endroits les plus dangereux au monde pour les femmes.

Mary* (16) who took part in a photography workshop Oxfam ran with international photojournalist Andreea Campaneau. 

Mary*, 16 ans, a participé à un atelier de photographie organisé par Oxfam avec la photojournaliste internationale Andreea Campaneau. Le groupe de filles de l’atelier s’est fait appeler les « Noura Nyal Kids ». « Noura » signifie « aime-toi » en nuer, la langue de la région. L’une d’entre elles explique pourquoi elles ont choisi ce nom : « Nous devrions pouvoir nous aimer davantage et avoir le droit de rêver d’une vie meilleure, d’un avenir meilleur. » Photo: Noura Nyal Kids/Oxfam

« Je voudrais un jour être une dirigeante. Je voudrais être une reine, une reine forte. En ce moment, j’ai l’impression que jouer à la corde à sauter me rend forte. »

Mary, Soudan du Sud

Pour les filles qui veulent s’instruire, le Soudan du Sud est l’un des pires endroits où vivre. En effet, 73 % des filles ne vont pas à l'école. Le mariage est la raison la plus fréquente de l’abandon scolaire. Des années de conflit et de pauvreté ont vu le taux de mariage des enfants monter en flèche, les familles mariant leurs filles contre une dot pour survivre.

Dans la ville de Nyal, où vit Mary, Oxfam a constaté que le taux de mariage des enfants était de 71 % : 10 % des filles se mariant avant 15 ans, et même dès l’âge de 12 ans pour certaines.

L'éducation peut être un outil puissant pour transformer les normes et les préjugés liés au genre. Mais au Soudan du Sud, l’école est trop chère ou trop dangereuse pour beaucoup. Oxfam leur apport un soutien en fournissant du matériel pédagogique et en participant à la construction d’écoles pour les enfants et les adultes.

L'égalité des genres, un garant de la paix

Si les normes culturelles empêchent les femmes de quitter la maison seules, même pour voir un médecin ou assister à un cours d’hygiène, comment peuvent-elles espérer que leur voix soit entendue dans les conversations qui pourraient améliorer leur situation ?

Pourtant, les recherches montrent que l’égalité entre les genres est le meilleur indicateur pour garantir la paix, et que si les femmes participent au processus de paix, celui-ci a 35 % de chances de durer au moins 15 ans.

Oxfam travaille avec des individus, des communautés, la société civile et les gouvernements pour plaider en faveur d’un changement qui transforme la vie des femmes. Dans le monde entier, nous plaidons pour que les femmes aient le droit de défendre leurs droits.


*Les prénoms ont été modifiés